07/12/2012 15:01

Reprise de La Provence: Bernard Tapie peine à convaincre qu'il ne vise pas autre chose

L'alliance de Bernard Tapie et de la famille Hersant pour refinancer des journaux du groupe, dont La Provence, apparaît aux yeux de la classe politique marseillaise comme un premier pas dans la course à la mairie, même s'il s'en défend.

Le tribunal de commerce de Paris a donné jusqu'à samedi pour valider l'offre Hersant-Tapie de reprise des quotidiens du groupe en Paca, aux Antilles et en Guyane.

"C'est plié !", affirme déjà l'avocat Michel Pezet, conseiller général PS et ancien président de la région. "Et comme il va de soi que ce rachat n'est pas économiquement intéressant, il le fait forcément dans un autre but".

Début octobre, l'ancienne incarnation de la réussite sociale dans les années 80, âgé aujourd'hui de 69 ans, avait vigoureusement démenti un "retour en politique" à l'occasion des municipales de 2014.

"C'est ridicule, ça n'a pas de fondement", avait déclaré à l'AFP l'ancien ministre de la Ville (1992-1993), élu député en 1989 à Marseille pour la gauche. Le 21 novembre, il qualifiait encore l'hypothèse de "triple connerie" au micro de France Bleu.

Mais la rumeur est tenace dans la cité phocéenne.

"Personne n'est dupe: Tapie aux commandes de +La Provence+, c'est un premier pas vers un retour sur la scène politique provençale en général et marseillaise en particulier", estime le député Patrick Mennucci, l'un des prétendants à la mairie dans les rangs socialistes.

"Si M. Tapie avait l'intention d'être candidat à la mairie, il me trouverait sur sa route", prévient-il en se disant "ni inquiet, ni pas inquiet".

A droite, l'hypothèse d'une candidature de "Nanard" dérange aussi.

"S'il doit se confirmer, ce retour sera le signe inquiétant du niveau zéro de morale en politique", glisse un élu UMP.

Les députés Guy Teissier et Valérie Boyer ont même interpellé le gouvernement, cette semaine, sur le rachat des titres de la PQR dans le Sud-Est par Bernard Tapie, souhaitant que l'Etat "exerce une vigilance extrême sur les conditions de ces transactions".

M. Teissier, candidat, parmi d'autres, à la succession de Jean-Claude Gaudin si celui-ci renonce à briguer un quatrième mandat de maire, avait été l'adversaire (heureux puis malheureux)de M. Tapie aux législatives en 1988 et 1989.

L'homme d'affaires fut ensuite battu par M. Gaudin, qui le traita alors de "pilleur d'épaves déguisé en pêcheur de voix communistes", aux élections régionales de 1992 dans le cadre d'une triangulaire avec le FN.

Réélu député à Gardanne en 1993, puis élu conseiller général en 1994, Tapie fut pressenti pour conduire la liste de gauche à Marseille aux municipales de 1995, avant que ses ennuis judiciaires dans l'affaire VA-OM ne mettent fin à sa carrière politique.

C'est pourtant l'OM, dont il était devenu président en 1986, qui lui avait apporté gloire et popularité parmi les Marseillais.

"Ce beau jeune homme au nez de taureau m'a avoué son rêve de reprendre l'OM", avait raconté à l'époque Edmond Charles-Roux, veuve de l'ancien maire Gaston Defferre. "Je l'ai présenté à Gaston. En vingt-quatre heures, c'était fait".

"L'OM a connu alors une série de bons résultats et Tapie s'est implanté localement, dans une image positive", se souvient Michel Pezet.

Après la prison et une reconversion artistique,Bernard Tapie fit un bref retour à l'Olympique de Marseille en 2001-2002. Mais comme pour la mairie, il a démenti vouloir y remettre un pied à la faveur d'un rachat de La Provence.

Mais une violente polémique entre l'un de ses fils, Stéphane, et le président du club, Vincent Labrune, alimente aussi la rumeur sur les intentions cachées du père. "Les actions en cours permettront de déterminer les motivations précises de Stéphane Tapie et de son entourage", soulignait l'OM la semaine dernière en annonçant avoir engagé des poursuites pour injures contre l'intéressé.

Ailleurs sur le web

Vos réactions