Claudette Walker Par Christophe VOGT
Pendant une semaine du 11 au 17 mai, la ville de Bâle va devenir la nef des fous de l'Eurovision, mais elle n'a pas attendu le plus grand télé-crochet du monde pour se faire un nom. La troisième ville de Suisse par la taille (un peu moins de 180.000 habitants) est posée au bord du Rhin, à la frontière avec la France et l'Allemagne: le Dreyeckland, le pays des trois frontières.
Une position géographique qui sera pour beaucoup dans son essor et sa renommée mondiale au fil des siècles. C'est là que sera imprimée la première édition de la "Nef des fous" de Sébastien Brant, l'un des "bestsellers" de la Renaissance européenne.
L'influence rhénane est palpable dans son centre historique dominé par les tours jumelles de la cathédrale Notre-Dame de Bâle, où repose Erasme et à laquelle répondent les Tours Roche, siège du géant pharmaceutique éponyme et emblème moderne de la ville.
L'esprit rhénan s'exprime aussi avec éclat une fois par an avec le fameux carnaval des "trois plus beaux jours ou drei scheenschte Dääg" avant le printemps. L'événement attire des milliers de touristes et les Bâlois venus s'amuser et admirer les costumes et les masques. Le carnaval est inscrit au patrimoine mondial culturel immatériel de l'Unesco.
Bâle est l'un des grands centre culturels européens, avec des musées de réputation mondiale à commencer par le Kunstmuseum, le musée des beaux-arts qui revendique d'avoir été la première collection d'art accessible au public au monde (en 1661). C'est aussi la ville qui par référendum a voté en 1967 en faveur de l'achat de toiles de Pablo Picasso, qui touché par le vote populaire - "Le miracle de Bâle" - en offrira plusieurs autres à l'institution.
Sur l'autre rive du Rhin, le musée Jean Tinguely enchante avec plusieurs dizaines de machines-sculptures de l'artiste plasticien et un peu hors la ville, la Fondation Beyeler dont l'architecte Renzo Piano a fait un écrin mondialement réputé pour l'art moderne et contemporain.
Et tous les ans, les amateurs et galeristes du monde entier affluent à Bâle pour Art Basel, l'une des plus importantes foire d'art contemporain au monde. Côté sport, Bâle a vu naître Roger Federer, l'un des plus grands joueurs de tennis de tous les temps. Bâle est aussi synonyme d'industrie chimique et pharmaceutique avec des groupes d'importance mondiale: Roche, Novartis, Syngenta et Sandoz.
C'est là que le LSD a été synthétisé en 1938 par Albert Hofmann et Arthur Stoll. Ce pôle industriel pèse lourd dans l'économie helvétique et attire de nombreux chercheurs et étudiants et bien sûr les travailleurs frontaliers. Ils sont environ 35.000 qui viennent chaque jour surtout de France mais aussi d'Allemagne voisine, attirés par les salaires helvétiques particulièrement attractifs.
La ville a une sensibilité de gauche, peut-être due à la place très importante de l'université, la plus vieille du pays, fondée en 1460. Elle compte environ 13.000 étudiants, dont un peu plus du quart sont des doctorants et venus de 100 pays, selon le site internet de l'institution.
Bâle a aussi connu son lot de catastrophes marquantes: le grand séisme de 1356 et la catastrophe de la Schweizerhalle 630 ans plus tard. Le tremblement de terre du 18 octobre, le séisme de la Saint Luc, a frappé les esprits européens au même titre que celui de Lisbonne quatre siècles plus tard, parce qu'il a ravagé une ville déjà décimée par la peste noire.
Le séisme a détruit de nombreux bâtiments et surtout provoqué un incendie qui a fait rage pendant 3 jours. L'incendie de l'usine chimique Sandoz de Schweizerhalle le 1er novembre 1986, dans les faubourgs de Bâle, aura aussi marqué les esprits à cause de la catastrophe écologique qu'a provoqué l'écoulement des produits toxiques dans le Rhin, jusqu'aux Pays-Bas.
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