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Les avocats de deux Moldaves, soupçonnés d'avoir tagué à Paris des cercueils, dénoncent l'utilisation d'"un délit d'opinion tombé en désuétude"

Les avocats de deux Moldaves, soupçonnés d'avoir tagué des cercueils accompagnés d'une mention de l'Ukraine à Paris, ont dénoncé dimanche auprès de l'AFP l'utilisation d'"un délit d'opinion tombé en désuétude" pour obtenir leur incarcération. Les deux ressortissants moldaves ont été inculpés samedi pour dégradations et participation à (une) entreprise de démoralisation de l'armée en vue de nuire à la défense nationale en temps de paix. Ils ont été placés en détention provisoire.

Ces infractions ont été retenues par le parquet de Paris lors de l'ouverture d'une enquête. Initialement, l'enquête avait été ouverte pour dégradation en réunion et association de malfaiteurs.

"Les magistrats rétablissent un délit d'opinion tombé en désuétude depuis la guerre d'Algérie, à savoir la démoralisation des armées, pour mettre en détention les auteurs d'inscriptions anodines, passibles tout au plus d'une amende pour dégradations légères", ont réagi auprès de l'AFP leurs avocats, Mes Louis Gloria et Emanuel de Dinechin.

"D'après la doctrine", cette infraction "est inconstitutionnelle pour au moins deux raisons: elle méconnaît la liberté d'opinion et d'expression et se fonde sur un élément qu'il est impossible de mesurer objectivement, à savoir le moral des troupes françaises", ont-ils estimé, annonçant contester "cette décision jusqu'au bout".

Les deux Moldaves sont soupçonnés d'avoir tagué des cercueils au pochoir et à la peinture rouge, accompagnés des inscriptions "Stop the Death, Mriya, Ukraine" sur les façades notamment du Figaro et de l'Agence France-Presse.

En ukrainien, "mriya" signifie "rêve". "Qu'aurait dit la presse occidentale si le pouvoir russe avait emprisonné des colleurs d'affiches contenant des messages anti-guerre en Ukraine ?", s'interrogent Mes Gloria et de Dinechin.

Selon leurs premières déclarations rapportées par une source proche du dossier, les deux Moldaves ont affirmé avoir été payés une centaine d'euros pour réaliser ces tags.

Le ministre moldave des Affaires étrangères, Mihai Popsoi, a pointé du doigt Moscou dans un message sur X samedi: "Nous condamnons fermement les tactiques hybrides de la Russie en France consistant à impliquer des citoyens de Moldavie dans des actes de vandalisme et d'incitation à la haine".

Le code pénal français ne prévoit pas d'infraction pour des faits relevant de l'ingérence d'un pays tiers. Cette série de tags fait écho à plusieurs autres affaires récentes, dont certaines ont connu un fort retentissement médiatique, en lien avec la guerre en Ukraine et entre le Hamas et Israël.

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