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Enquête - L'Europe est-elle un sujet intraitable dans les médias ? A l'heure où la France s'apprête à prendre la présidence tournante de l'UE, la question se pose

Par Céline LE PRIOUX

L'Europe est-elle un sujet intraitable dans les médias? A l'heure où la France s'apprête à prendre la présidence tournante de l'UE, la question se pose, tant l'audiovisuel français couvre peu l'actualité européenne. Le rédacteur en chef de la rédaction européenne de France Télévisions, François Beaudonnet, le reconnaît: "nous avons une vision très franco-française de l'actualité", a-t-il dit à l'AFP, regrettant la faible présence de l'Europe dans les rédactions.

Il y a un peu plus d'un an, le secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes Clément Beaune s'en était ému, au lendemain du premier discours de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, sur l'état de l'Union. "Nos chaînes de télévision, nos chaînes d'information en continu ont peu trouvé de temps pour un sujet qui est pourtant majeur", avait-il constaté. Ces dernières sont effectivement faiblement représentées à Bruxelles, siège de la plupart des institutions de l'UE, avec 12 journalistes accrédités, contre 40 pour les antennes allemandes, selon un rapport présenté en octobre par la députée Sabine Thillaye (MoDem), à l'Assemblée nationale. 

Ni la chaîne d'info CNews contrôlée par l'industriel Vincent Bolloré, ni TF1 ne disposent de correspondant permanent à Bruxelles. En outre, les médias français (mais aussi ceux des autres pays de l'Union) ont "tendance à surtout couvrir l'Europe par le biais des sommets européens", estime Nicolas Hubé, professeur en sciences de l'information et de la communication à l'Université de Lorraine. "Cela revient à traiter le sujet comme une sorte de matchs entre chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union", note-t-il auprès de l'AFP. Une couverture plus facile à comprendre: le champion national a soit gagné, soit perdu, que ce soit lors de la crise de l'euro, ou de la crise migratoire...

Les médias français n'ont en revanche, estime M. Hubé, jamais sombré dans une attitude anti-UE dont ont pu faire preuve des médias britanniques. Un "European bashing" auquel a participé dans sa jeunesse Boris Johnson, actuel Premier ministre britannique, artisan du Brexit, quand il était correspondant à Bruxelles pour le Daily Telegraph. Pour les journalistes français, leur pays est dans l'Union, c'est un fait, il n'est pas question d'en sortir, note M. Hubé. Une exception à une couverture plutôt lacunaire, juge par ailleurs Mme Thillaye, dans son rapport: les élections européennes de mai 2019. Elle en veut pour preuve les 120 heures de reportages et émissions de formats divers consacrés au scrutin sur France Télévisions. 

Pour expliquer le faible traitement de l'information européenne, beaucoup de médias mettent en avant la complexité de l'Union et son système institutionnel insuffisamment incarné pour les citoyens français. Il est vrai que le jargon peut rebuter: "Pacte de stabilité", "directive", "trilogue" et "subsidiarité" sont peu utilisés dans la conversation courante. Et les efforts de vulgarisation sont souvent battus en brèche: ainsi la série satirique de France Télévisions "Parlement", sur l'initiation d'un jeune assistant parlementaire à travers les méandres des institutions européennes, a seulement été diffusée sur internet, sur la plateforme France.tv, jamais sur les antennes. Il en résulte en tous les cas une méconnaissance: "la France apparaît comme l'un des pays où le fonctionnement de l'Europe est le moins bien compris", notait un rapport publié cette semaine par l'Institut Jacques Delors, en collaboration avec Sciences-Po et le cabinet Kantar.

A peine un quart (26%) des Français se disaient bien informés sur les questions européennes, à comparer à 40% en moyenne de l'UE 27, selon l'Eurobaromètre publié par Kantar à l'hiver 2020/21 pour la Commission européenne. Pour Emmanuel Macron, la présidence de l'UE représente une formidable tribune, avant les élections de 2022. "Il va en faire un usage stratégique, prédit M. Hubé, ce sera un moyen de faire de l'Europe un cheval de bataille". D'autant plus que ses sympathisants sont pour la plupart pro-européens...

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Vos réactions

Portrait de miya.wallace
12/décembre/2021 - 21h49

Vous êtes: (1). un Français(e) en Pologne ? ou (2). Polonais(e) en France ? smiley