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Autriche: Le scandale qui a provoqué la chute du chancelier Sebastian Kurz lève le voile sur les relations troubles entre presse, instituts de sondage et politiciens

   Par Blaise GAUQUELIN

Page de pub contre couverture flatteuse et sondages truqués: le scandale qui a provoqué la chute du chancelier Sebastian Kurz lève le voile sur les relations troubles entre presse, instituts de sondage et politiciens en Autriche. C'est un "secret de polichinelle", commente Yilmaz Gülüm, journaliste de la télévision publique ORF, alors que la récente affaire a relancé les appels à réformer le secteur. Afin d'avoir la paix avec les directeurs de journaux, les élus arrosent la presse de publicités, résume le reporter, qui anime un site d'observation des médias, Kobuk.at.

Un "problème structurel" singulier en Europe, qui est apparu au grand jour avec la descente spectaculaire du parquet début octobre à la chancellerie, dans un institut de sondage et dans les locaux du tabloïd Österreich. Selon le mandat de perquisition, ce journal aurait publié entre 2016 et 2018 des articles élogieux et de faux sondages "favorisant" l'ascension politique de Sebastian Kurz. Les enquêtes d'opinions manipulées auraient été réglées par le ministère des Finances à l'aide de fausses factures. L'ex-chancelier de 35 ans nie les faits, tout comme les dirigeants du quotidien.

Coupables ou pas, cela fait des années que des arrangements financiers entre la classe politique et les médias sont dénoncés dans ce pays d'Europe centrale de 8,9 millions d'habitants. Ils se seraient accentués ces deux dernières décennies, estime le directeur adjoint de l'Institut d'études en journalisme à l'Université de Vienne, Fritz Hausjell, en raison des difficultés du secteur. "Le modèle économique de la presse écrite a été déstabilisé par l'arrivée d'internet" et la classe dirigeante a petit à petit compensé les pertes de lecteurs par l'achat d'espaces publicitaires.

Les aides officielles sont en effet "très faibles en Autriche", déplore la députée de l'opposition libérale (Neos), Henrike Brandstötter. Elles représentent à peine 9 millions d'euros par an et ont été réduites à plusieurs reprises depuis leur création en 1975, tandis que l'Etat et les collectivités locales dépensent maintenant "220 millions d'euros chaque année en encarts publicitaires", pointe-t-elle. Bien souvent, il s'agit de publier le visage souriant du maire de Vienne ou d'un ministre, qui souhaitent un "Joyeux Noël" ou un "été ensoleillé" à leurs administrés. Sebastian Kurz a poussé le système à son paroxysme, doublant les dépenses en 2020 au motif de la crise du Covid-19.

Les principaux bénéficiaires sont Österreich et un autre tabloïd gratuit, "Heute". Entre 20 et 40% de leurs revenus dépendent de ces recettes publicitaires publiques, selon le spécialiste des médias Andy Kaltenbrunner, qui a publié une étude sur le sujet. Österreich a ainsi perçu l'an dernier 8,22 euros par lecteur, contre seulement 2,43 euros pour son concurrent libéral Der Standard.

Cela donne à la "presse à scandale" le pouvoir de "lancer des cabales ou de boycotter" ceux qui voudraient lui couper les vannes, souligne Fritz Hausjell. Des politiciens victimes du phénomène ont déjà ouvertement dénoncé des campagnes médiatiques à leur encontre parce qu'ils ne payaient pas autant que leurs prédécesseurs. "C'est dangereux pour la démocratie", s'alarme Mme Brandstötter. "Les Autrichiens ne peuvent pas se fier à ce qu'ils lisent".

La dégradation se reflète dans le classement mondial de liberté de la presse publié chaque année par Reporters sans Frontières (RSF). Encore à la septième position en 2015, l'Autriche a perdu dix places en six ans, l'ONG lui reprochant l'absence de "réformes", faisant craindre une "dépendance prolongée" au système. Si le programme de coalition signé en 2020 entre Sebastian Kurz et ses alliés écologistes prévoyait une "révision des critères" d'attribution des aides, aucun texte de loi n'est à l'ordre du jour. Mais il faudrait aussi mieux réglementer les sondages, estime Christoph Hofinger, dont l'institut SORA est un poids lourd du secteur.

Dans l'affaire actuelle, les alliés de Sebastian Kurz sont soupçonnés d'avoir participé à la rédaction des enquêtes truquées publiées dans Österreich. L'entreprise mise en cause n'avait pas reçu l'agrément officiel parce qu'elle ne respectait pas les critères de qualité requis. "Lorsque des enquêtes qui ne se plient pas aux normes paraissent, elles ne devraient pas être inclues dans le débat public", insiste M. Hofinger.

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Vos réactions

Portrait de Climato
25/octobre/2021 - 21h52 - depuis l'application mobile
COLIN33 a écrit :

comme quoi l'extrême droite ne dure pas longtemps au pouvoir.....

@COLIN33 Va dire ça à Orban qui triomphe à chaque élection.

Portrait de Climato
25/octobre/2021 - 01h52 - depuis l'application mobile

C'est la même chose ici entre Macron, la presse et les instituts de sondage.

Portrait de COLIN33
24/octobre/2021 - 09h09 - depuis l'application mobile

comme quoi l'extrême droite ne dure pas longtemps au pouvoir.....

Portrait de bertrand85
23/octobre/2021 - 18h50

Rien de tout cela en France, bien évidemment!

Pourquoi croyez-vous que 90 % des médias appartiennent à des milliardaires très proches du pouvoir? Pourquoi croyez-vous que Zemmour soit aussi présent dans les médias alors que ses deux ex-employeurs sont des milliardaires?