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Vingt ans après la publication d'un article sur l'affaire Borrel, le directeur et un journaliste du Monde, poursuivis en diffamation par deux magistrats, ont été relaxés

Vingt ans après la publication d'un article sur l'affaire Borrel, le directeur et un journaliste du Monde, poursuivis en diffamation par deux magistrats, ont été relaxés par la cour d'appel de Paris, à l'issue d'une tortueuse procédure. Les juges d'instruction Roger Le Loire et Marie-Paule Moracchini avaient attaqué le journal pour un article du 7 septembre 2000, qui questionnait leur "impartialité" dans l'enquête concernant le juge Bernard Borrel, mort à Djibouti en 1995 dans des conditions mystérieuses. L'article relayait les propos de l'un des avocats de sa veuve, Elisabeth Borrel, critiquant la manière dont les deux magistrats avaient transmis une pièce de l'instruction un mois après en avoir été dessaisis.

Les deux magistrats étaient en outre accusés de "connivence" avec le procureur de la République de Djibouti. Le directeur du Monde à l'époque, Jean-Marie Colombani, ainsi que l'auteur de l'article Franck Johannès et l'avocat cité, Olivier Morice, avaient été condamnés en 2002 à des peines d'amende par le tribunal de Nanterre.

Les condamnations avaient été confirmées en appel après deux passages par la Cour de cassation. Me Morice avait alors saisi la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH): cette dernière a estimé en 2015 que la France avait violé sa liberté d'expression.

L'avocat avait saisi la Cour de révision et de réexamen et la Cour de cassation avait annulé, en 2016, sa condamnation. A son tour, MM. Colombani et Johannès avaient saisi la Cour de révision qui a ordonné un nouveau procès, aboutissant à un arrêt daté de jeudi que l'AFP a pu consulter, confirmant une information du Monde. La cour d'appel de Paris y relaxe le journal au bénéfice de la bonne foi. L'avocat du journal, François Saint-Pierre, a estimé que "cette décision illustre parfaitement l'évolution de la liberté d'expression et de la liberté de la presse en 20 ans. Les journalistes étaient condamnés, ils sont relaxés. C'est le signe que la justice protège beaucoup mieux la liberté de la presse aujourd'hui qu'autrefois".

"C'est une décision qui n'a strictement aucun sens en ce qu'elle ouvre la porte à tous les condamnés d'il y a 20 ans de se faire rejuger avec les critères d'aujourd'hui qui évidemment changent l'appréciation", a au contraire estimé Me Marie-Alix Canu-Bernard, avocate des magistrats.

"Nous allons aller vers une troisième cassation", a-t-elle ajouté, indiquant qu'elle allait former un nouveau pourvoi. Une instruction est toujours en cours dans l'affaire Borrel. Sa veuve défend depuis le début la thèse selon laquelle son mari a été victime d'un assassinat politique, alors que la justice a longtemps privilégié celle d'un suicide avant de réorienter l'enquête vers la piste criminelle à partir de 2002. En juin 2017, un collège d'experts a confirmé "l'origine criminelle" de cette mort.

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