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Découvrez le portrait de Delphine Ernotte qui vient d'être renouvelée comme présidente de France Télévisions pour un second mandat

Novice en matière d'audiovisuel il y a encore cinq ans, Delphine Ernotte-Cunci a réussi à s'imposer dans le monde impitoyable du petit écran et à transformer en douceur le paquebot France Télévisions, où elle vient d'être renouvelée comme présidente.

"J'aime France Télévisions. En 5 ans de présidence, grâce aux hommes et aux femmes qui y travaillent, j'ai appris France Télévisions (...) je savais gérer, mais j'ai appris ce qu'est le journalisme, la fiction, le cinéma, le divertissement, le rythme effréné de l'info. J'ai appris à entendre et à calmer les inquiétudes... même les miennes", a-t-elle fait valoir lors de son audition au CSA.

Ses débuts en 2015 n'ont pas été faciles: entre une nomination contestée en justice par plusieurs syndicats du groupe, qui ont reproché au CSA le manque de transparence de la procédure, et des accusations de plagiat et de pressions politiques pour favoriser sa nomination. Une enquête pour laquelle le parquet vient de prendre des réquisitions aux fins de non-lieu, selon Médiapart. Elle fait une erreur de casting en nommant Michel Field directeur de l'information: la rédaction vote une motion de défiance contre sa direction et face à la grogne l'intéressé finit par démissionner. La dirigeante ne le laisse pas pour autant sur le carreau, c'est aujourd'hui le M. Culture de France Télévisions.

Dans le groupe public, son franc-parler froisse quelques égos, notamment quand elle déclare, quelques mois après son arrivée : "on a une télévision d'hommes blancs de plus de 50 ans et ça, il va falloir que ça change" pour qu'il y ait "des femmes, des jeunes, toutes les origines". Dans la foulée, plusieurs figures de la chaîne prennent la porte: David Pujadas, Julien Lepers, Patrick Sébastien, William Leymergie...

"J'ai été fidèle à moi-même, avec mes bons et mauvais côtés. Je suis parfois trop franche et peux manquer de diplomatie, je ne suis pas une femme politique mais d'action. Je défends ma boîte, j'aime le dialogue social et j'apprends de mes expériences", confiait-elle à La Croix fin juin. En 5 ans "40% des visages ont été renouvelés et 60% des émissions ont été changées, j'ai voulu que nos antennes ressemblent davantage à la France", a assuré devant les Sages la dirigeante de bientôt 54 ans, engagée de longue date pour l'égalité professionnelle hommes-femmes.

Dans le groupe audiovisuel public, le comité exécutif est aujourd'hui paritaire, le 20H de France 2 est présenté par une femme, Anne-Sophie Lapix, et la proportion d'expertes en plateau a nettement progressé, passant de 25 à 42%. En cinq ans, elle a multiplié les projets: lancement de la chaîne franceinfo, création de plusieurs plateformes numériques (Okoo, Lumni, france.tv, Slash), et bientôt de Salto, le service de vidéos par abonnement détenu par France Télévisions, TF1 et M6.

Côté programmes, son point faible selon le CSA, elle a lancé un nouveau feuilleton quotidien sur France 2, créé une alliance de coproduction européenne dont la première série a été diffusée cette année ("Mirage"), renouvelé les après-midi de France 2... Côté audiences, cela s'est traduit par une progression générale, même si Franceinfo reste loin derrière ses concurrentes. Sa bonne gestion du groupe aussi été soulignée par le CSA même si le dialogue social n'a pas toujours été facile. Elle a assuré qu'elle tiendrait la trajectoire fixée par l'Etat, qui demandait près de 400 millions d'euros d'économies d'ici 2022. Les syndicats ont accepté un accord prévoyant 900 suppressions de postes.

Avant la télé, cette Bayonnaise avait passé l'essentiel de sa carrière chez Orange où elle avait gravi les échelons de l'opérateur jusqu'à devenir directrice exécutive d'Orange France et de ses quelque 80.000 salariés. Elle y avait notamment créé Innov'Elles, un réseau interne de femmes chez Orange, où elle s'agaçait du "sexisme ordinaire" auquel elle était parfois confrontée dans un milieu encore majoritairement masculin. Décrite comme pugnace et pragmatique, cette centralienne qui se destinait à l'archéologie est aussi une femme de réseau, qui disposait déjà d'un excellent carnet d'adresses. Un atout pour la présidence de France Télévisions, poste à la fois très politique et très exposé.

"Je ne suis pas une guerrière en béton armé. J'ai grandi en devant me faire ma place dans un monde d'hommes, notamment à Centrale. Je suis pourtant d'un tempérament qui doute, mais pas dans l'action et la crise", glissait-elle à La Croix. Passionnée de théâtre et mère de deux enfants, elle est mariée à un comédien, Marc Ernotte.

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Vos réactions

Portrait de colin33
23/juillet/2020 - 08h26 - depuis l'application mobile

Je la croyais détestée !