01/06/2020 12:22

La lettre bouleversante adressée par Nicolas Bedos à son père Guy, décédé jeudi dernier: "Tu n’es pas mort : tu dors enfin"

Ce matin, quatre jours après le décès de son père, Nicolas Bedos a adressé une lettre à Guy Bedos, décédé le 28 mai dernier à l'âge de 85 ans. La lettre a été lue ce matin sur l'antenne de France Inter.

Dans celle-ci, il raconte la dernière nuit passée près de lui. "Fâché de ne plus pouvoir parler, tu envoies des baisers muets à ta femme adorée, à ta fille bien aimée, à la fenêtre sur l’Île Saint Louis, au soleil que tu fuis", se souvient-il.

"Je sens que tu n’es pas loin... Tu n’es pas mort : tu dors enfin", conclut Nicolas Bedos. Les obsèques de Guy Bedos auront lieu jeudi prochain, à 14h30, à l'église Saint-Germain-des-Prés, à Paris.

Jeanmarcmorandini.com vous propose de découvrir cette lettre lue ce matin sur France Inter (voir ci-dessous).

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Paris, le 31 mai 2020

Papa,

Une dernière nuit près de toi. Des bougies, un peu de whisky, ta main si fine et féminine qui sert la mienne jusqu’au p’tit jour du dernier jour. Ton regard enfantin qui désarme un peu plus le gamin que j’redeviens. Au-dessus de ton lit, un bordel de photos, de Jean-Loup Dabadie à Gisèle Halimi, de Desproges à Camus en passant par Guitry. Ça ne votait pas pareil, ça ne priait pas les mêmes fantômes, mais vous marchiez groupés dans le sens de l’humour et de l’amour.

Au bout de tes jambes qui ne marchent plus, tes chats – sereins, comme des gardiens. Sur la table de nuit, un fond de verre de Coca, ultime lien entre ce monde et toi, quelques gorgées de force qui te permettent, du fin fond de ta faiblesse, de nous lancer des gestes d’une élégance et d’une tendresse insolentes. Fâché de ne plus pouvoir parler, tu envoies des baisers muets à ta femme adorée, à ta fille bien aimée, à la fenêtre sur l’Île Saint Louis, au soleil que tu fuis.

Des gestes silencieux qui font un boucan merveilleux dans nos yeux malheureux. Tu auras mélangé les vacheries et l’amour jusqu’au baisser de rideau. Les « foutez l’camp » et les « je t’aime ». Caresses et gifles, jusqu’au bout. Incorrigible Cabotin, tu avais bien prévu ton coup : dans ton dernier morceau d’ mémoire, tu avais mis des « vous êtes beaux, je suis heureux, j’ai de la chance. C’est ta mère, là, devant moi ? C’est ma femme ? Oh Tant mieux ! ». On va t’emmener, maintenant, dans ton costume de scène. Celui des sketches et des revues de presse, des télés et des radios, celui qui arpenta la France, en long en large et en travers de la gorge de certains maires. J’ai dénoué ta cravate noire.

On va t’emmener où tu voulais, c’est toi qui dictes le programme, c’est toi qui conduis sans permis. D’abord à l’église Saint Germain, tu n’étais pas très pote avec les religions, mais les églises, ça t’emballait. Tu disais « Faudrait qu’on puisse les louer pour des spectacles de music-hall, des projections de films, des concerts de poésies ». Il y aura des athées, plein d’arabes et plein de juifs. Ça aurait consterné ta mère, tu aurais bien aimé que ta mère soit fâchée. Puis on t’envole en Corse, dans ce village qui te rendait un peu ta Méditerranée d’Alger.

On va chanter avec Izia et les Tao, du Higelin, du Trenet, du Dabadie et Nougaro. On va t’faire des violons, du mélodrame a capella : faut pas mégoter son chagrin, à la sortie d’un comédien. Faut se lâcher sur les bravos et occuper chaque strapontin. C’est leur magot, c’est ton butin. D’autant que je sens que tu n’es pas loin... Tu n’es pas mort : tu dors enfin.

Nicolas Bedos

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Vos réactions

Portrait de Pierre henry 115
1/juin/2020 - 21h39
bibilababiole a écrit :

Curieux tous ces messages. D'un côté on s'insurge parce qu'on n'a plus le droit de rien dire (cf la news sur le "beurette") et de l'autre on s'indigne qu'un homme rende hommage à son père. Le monde marche à l'envers. La fameuse liberté d'expression serait donc à deux vitesses ? Sur Facebook, j'ai vu de nombreux anonymes rendrent un hommage appuyé à un proche disparu… mais visiblement, ce droit là, on ne l'accorde pas à Bedos. On parle même d'indécence mais nous oblige-t-on à lire cette lettre ? Si cela nous gène - et je peux le comprendre - il suffit de ne pas cliquer, de ne pas lire et juste de laisser à chacun le choix d'exprimer sa douleur comme il l'entend. Faudrait-il alors dire que La gloire de mon Père, le Zubial, Le livre de ma mère (pour ne prendre que quelques exemples) sont des livres indécents ? Quelle différence entre une lettre et un roman lorsqu'ils parlent finalement de la même chose, de l'amour, de l'admiration (ou du ressentiment) vis-à vis de ses géniteurs ? 

C'est simple, facebook, twitter ou les sites sur lesquels on peut laisser des commentaires sont des concentrés de langues de putes. On subit tous dans notre vie un collègue , un membre de la famille, etc, qui ne peut s’empêcher de dire du mal sur tout et tout le monde, le web a la propriété de les agglomérer, c’est le cas ici-même. Une personne normale garde ses jugements de valeur pour elle-même, la langue de pute est obligée d'en faire part au plus de monde possible et le web est l'outil rêvé.

Vos exemples sont très bons, les écrits sur la mort sont un genre aussi vieux que la littérature.

Aussi, souvent la langue de pute parle sans savoir et c'est le cas ici puisque contrairement à ce que j'ai lu plus bas, la lettre n'a pas été envoyée aux médias ni postée sur les réseaux sociaux, puisqu'elle a été écrite pour la chronique "lettre d’intérieure" de France Inter. Chaque jour Augustin Trapenard lit une lettre spécialement écrite pour l'émission par une "personnalité" et sur le thème de son choix. Par exemple le 8 mai,  Amélie Nothomb de la même manière que Nicolas Bedos, écrivait une lettre pour l'émission suite au décès de son papa pendant pendant le confinement.

Portrait de muzo28
1/juin/2020 - 20h25

 Cette lettre est très bien écrite, subtile. Elle dit tellement de choses tout en finesse sur la maladie d'Alzheimer,  jusqu'au soulagement, lorsqu'il dit qu'il dort enfin.  Je ne vois pas l'indécence la dedans, on en parle trop peu.  Il a, à sa façon, rendu un hommage à son père connu pour son langage, qui avait perdu ses souvenirs, ses gestes et ses mots. Triste fin, qu'il a accompagné jusqu'au bout.

 

Portrait de lumelec
1/juin/2020 - 20h16

ça devrait rester ans l'intimité . C'est indécent d'envoyer ça dans les médias . Une lettre d'un fils à son père ça doit rester privé 

Portrait de Altair44000

Pardon j ai vomi

Portrait de Harriet
1/juin/2020 - 19h07
lilirose45 a écrit :

Ma tante est décédée de cette maladie, c'est terrible de ne plus reconnaître personne. Dans les derniers moments, elle n'était plus là, seul sont corps était présent 

 

Oui, toutes les maladies incurables sont terribles , mais celle d'Alzheimer est particulièrement douloureuse de par son impossibilité à  communiquer ...  smiley 

Portrait de Harriet
1/juin/2020 - 18h18
Voltaire . a écrit :

Exactement ...phrase sublime et poignante 

Oui ...  smiley

Portrait de Harriet
1/juin/2020 - 17h47
Voltaire . a écrit :

La phrase : des gestes silencieux qui font un boucan merveilleux dans nos yeux malheureux , est sublime !!!! 

Je pense aussi qu'il faut y voir , en filigrane, l'horreur de cette satanée maladie qui fait que le malade ne vous reconnaît plus ou par bribes , et  qui réduit les proches à des étrangers ... impuissants à pouvoir communiquer avec l'être cher ... 

Portrait de .Kazindrah.
1/juin/2020 - 17h00

Très belle et touchante lettre, qui mériterait, en effet, d'être glissée dans son cerceuil ; mais pourquoi livrer un acte aussi intime au public ?

Portrait de bibilababiole
1/juin/2020 - 16h57

Curieux tous ces messages. D'un côté on s'insurge parce qu'on n'a plus le droit de rien dire (cf la news sur le "beurette") et de l'autre on s'indigne qu'un homme rende hommage à son père. Le monde marche à l'envers. La fameuse liberté d'expression serait donc à deux vitesses ? Sur Facebook, j'ai vu de nombreux anonymes rendrent un hommage appuyé à un proche disparu… mais visiblement, ce droit là, on ne l'accorde pas à Bedos. On parle même d'indécence mais nous oblige-t-on à lire cette lettre ? Si cela nous gène - et je peux le comprendre - il suffit de ne pas cliquer, de ne pas lire et juste de laisser à chacun le choix d'exprimer sa douleur comme il l'entend. Faudrait-il alors dire que La gloire de mon Père, le Zubial, Le livre de ma mère (pour ne prendre que quelques exemples) sont des livres indécents ? Quelle différence entre une lettre et un roman lorsqu'ils parlent finalement de la même chose, de l'amour, de l'admiration (ou du ressentiment) vis-à vis de ses géniteurs ? 

Portrait de tobian
1/juin/2020 - 16h16

   "la main … qui sert la  mienne…"

Portrait de Harriet
1/juin/2020 - 16h08
Voltaire . a écrit :

Je n’arrive pas à comprendre pourquoi des écrits intimes fussent ils légitimes ( et là en l’occurrence c’est le cas en plus d’être bien écrit et touchant ,  ce qui n’est pas le cas par exemple  des tweets d’anniversaires émanant de la famille Boudou par exemple   ) soient  publiés et souvent par leurs auteurs ...l’intime doit le rester ... cette lettre aurait pu / aurait du , être glissée dans son cercueil ! 

Peut-être en effet, à chacun son curseur en matière d'impudeur (?) à exprimer , ou non, publiquement sa douleur vis à vis de ce qui touche à l'intime (perte d'un proche ou autre)  ... smiley

Portrait de geneva
1/juin/2020 - 16h07

Quelle indécence ! Cette famille aura voulu faire parler d'elle jusqu'au bout.... Affligeant ! et bientôt, nous aurons droit au reportage à l'église... On aura la totale !

 
Portrait de Tampouille
1/juin/2020 - 16h00
vévert88 a écrit :

Mon dieu ! Quelle médiocrité ! Je vais cesser de t'instruire en m'adressant à toi. Change de pseudo et cesse d'avancer masqué

Pourtant le masque est de rigueur en ce moment mon cher grand frèresmileyet oui je confirme quelle médiocrité !!

Portrait de cineberry
1/juin/2020 - 15h57
vévert88 a écrit :

Mon dieu ! Quelle médiocrité ! Je vais cesser de t'instruire en m'adressant à toi. Change de pseudo et cesse d'avancer masqué

Quel dommage que vous ne mettiez pas l'ardeur avec laquelle vous décriez vos contradicteurs au service de la défense de vos idées...

Portrait de cineberry
1/juin/2020 - 15h45
Stuzen.CZ a écrit :

C'est votre argument ?  Vous qui pérorez du haut de votre suffisance ? Vous voulez des preuves ?  Gogol est votre ami. 

En droit français, la charge de la preuve revient à l'accusation. Votre paresse intellectuelle se doublerait-elle d'inculture ?

Portrait de cineberry
1/juin/2020 - 15h41
lilirose45 a écrit :

La triste réalité ç'est comme beaucoup de fils de et de fille de, ils n'existent uniquement grâce à leurs parents connus

D'ailleurs, rare sont ceux qui sortent du lot pour leurs talents

Il est certain qu'être "fils de" ou "fille de" permet d'ouvrir plus facilement certaines portes.Pour autant, si vous n'avez pas de talent, l'expérience tourne court. Nombreux sont celles et ceux qui sont retombés dans l'anonymat après avoir tenté de se faire un prénom. Je ne suis pas devin, peut-être ne parlera-t-on plus de lui dans 5 ans. Pour autant, on ne tient pas 15 ans à la télévision, au théâtre ou au cinéma sans un minimum de talent.

Portrait de Babaschool
1/juin/2020 - 15h37

M. Bedos, vivez votre deuil dans l’intimité svp, cela devient indécent!

Portrait de cineberry
1/juin/2020 - 15h08
vévert88 a écrit :

As tu noté que j'ai écrit "Recommencer à exister" ?

Il n'y a que la mort qui vous fait cesser d'exister.

Portrait de cineberry
1/juin/2020 - 15h07
Stuzen.CZ a écrit :

Oui la famille Bedos est Islamo-gauchiste. La vérité vous fait mal ? Tant mieux. 

Il n'est de vérité sans preuves.

Portrait de Harriet
1/juin/2020 - 14h25
Stuzen.CZ a écrit :

"Le silence est d'or la parole d'argent" 

Je n'ai pas vu les enfants de Hugo ou Balzac s'épancher dans la presse.  

"Demain,  dés l'aube" et tant d'autres poèmes en mémoire de Léopoldine ... Bref ...  smiley

Portrait de cineberry
1/juin/2020 - 14h23
vévert88 a écrit :

Il n'en a pas marre ce bobo islamo gauchiste de récupérer la mort de son père pour recommencer à exister ?

Bobo islamo gauchiste... Vous avez oublié socialope et bolchévique. Et surtout, ne réfléchissez pas, n'argumentez pas, des fois que ça mette vos neurones en surchauffe.

Récupérer... Euh... Vous aviez saisi que Nicolas Bedos est le fils de Guy Bedos ? 

Pour ce qui est d'exister, le seul fait que vous connaissiez Nicolas Bedos est bien la preuve qu'il existe.

Portrait de Harriet
1/juin/2020 - 14h10
Stuzen.CZ a écrit :

Bon ! Moi aussi j' ai perdu mon père. J'en ai pleurer des larmes.  Homme né  en 1942 et mort 2012 d'Alzheimer. Parti de rien et qui avec ma mère m'ont permis de découvrir le monde.  Tunisie, Maroc, Italie etc etc et même l'Hôtel Eden Roc.. Homme qui a fait l'Algérie et a vu ses camarades rentrer morts émasculés trainé par cheval. Homme qui a créé un Restaurant de renom.  Homme qui n'a certainement pas eu la carrière de Bedos mais qui a été adjoint au Maire pendant  40 ans et a plus fait bouger les choses que de battre la pavé.  

Alors oui Nicolas, la peine est grande de perdre son père mais comme on dit chez les Protestants "le silence est d'or". 

Pardon ... mais en faisant l'éloge de votre père ... vous voyez bien, qu'il est naturel d'évoquer/honorer nos disparus ... smiley

Vous le faites de façon plus discrète , bien sûr ... Nicolas ..étant un homme de plume et de surcroît connu met peut-être davantage en exergue son besoin de transcrire son deuil ... mais au final , vous le savez bien , c'est la même douleur ...  smiley

Portrait de ΙΧΘΥΣ
1/juin/2020 - 14h07

@Cathodegauche:

Sa prose est fade, la vôtre est triste.

Changez de monture et lâchez le Perrier, passez à l’Old Fashioned.

Il ne tient qu’à vous.

Portrait de Grossette
1/juin/2020 - 13h55

C'était un grossier personnagesmiley

Portrait de Block
1/juin/2020 - 13h53

Tu deviens lourdingue pépère .

Portrait de Grossette
1/juin/2020 - 13h48

Oh la salope qui dit son vieux poupa qu'est mort !

Portrait de Cathodegauche
1/juin/2020 - 13h43

Nicolas bedos, c'est tout à l'égo. On a pleuré, on a fait des tweets avec des smileys tristes, cest bon maintenant faut nous lâcher. C'est son père qui est mort et ce sont nos yeux qui souffrent à lire sa prose fade. C'est bon, va retrouver tes jolies copines et ta poudre blanche, nous on a que bobonne et du Perrier pour rêver 

Portrait de bibilababiole
1/juin/2020 - 13h36

Sidéré par les commentaires ci-dessous. " Récupérer la mort de son père pour recommencer à exister ?". L'affirmation est abjecte, sans respect de la douleur d'une famille. Je ne sais pas ce que vaut l'homme mais son talent est indéniable et il n'a pas besoin d'utiliser quoi que ce soit pour exister à nouveau. Son dernier film, La belle époque, c'est plus d'un million de spectateurs et 3 césars dont celui de meilleur scénario, dont il est l'auteur. Et à lire cette dernière lettre à son père, il est clair qu'il a une vraie plume. Il y a vraiment des coeurs de pierre sur cette planète.

Portrait de domdanse
1/juin/2020 - 13h28
Lilou.St.Bo a écrit :

Je pense de même + 1.000.000 

pourquoi tant de haine ?

Portrait de domdanse
1/juin/2020 - 13h27

superbe lettre d un enfant à son père... 

j aurais aimé être capable d ecrire la même pour mon papa...

si triste de perdre un être cher...