14/01/2015 12:03

Attentats: Reportage dans le Marais à Paris avec des artilleurs devant une école juive

Par Valérie LEROUX

Dans le quartier juif historique du Marais à Paris, la vie suit son cours, malgré les attentats.

Soudain, dix militaires, fusil-mitrailleur en mains, sortent d'une école. Ils encadrent des élèves, kippa sur la tête, qui quittent les lieux.

Depuis peu, l'école juive Yad Mordekhai, installée derrière une discrète façade rue Pavée, bénéficie d'une protection inédite, comme peuvent l'être des dizaines d'autres "sites sensibles" à Paris, incluant des mosquées.

Mercredi, soit une semaine après l'attentat contre l'hebdomadaire Charlie Hebdo, suivi de la prise d'otages sanglante dans le supermarché Hyper Cacher (quatre juifs tués), plus de 10.000 soldats sont déployés sur tout le territoire national, au côté des policiers et gendarmes. Pour les élèves et enseignants de la rue Pavée, habitués à la présence policière et aux strictes mesures de sécurité, ces hommes en treillis, au pas précis et déterminé, donnent un tout autre relief à leur quotidien.

"C'est très particulier que l'armée soit là, cela prouve que nous sommes devant un danger certain, réel et que l'Etat a pris la mesure de ce danger", relève Eliezer Wolf, juge rabbinique et visiteur régulier de l'école.

"Malheureusement, il y a aujourd'hui des groupuscules incontrôlés, dont on ne sait pas d'où il viennent et vers où ils veulent aller. Ce qui est sûr, c'est que leurs premières cibles ce sont les écoles juives", dit-il, en rappelant que le tueur du supermarché était suspecté d'avoir visé une école juive avant de se "rabattre" sur une policière municipale, abattue dans le dos.

Pendant que deux rabbins s'attardent à bavarder devant l'école, de l'autre côté de la rue, un jeune garçon entame la conversation avec un soldat.

Combien de temps l'armée va-t-elle rester ?

"Cela dépendra des ordres", lui répond le militaire. Parachutistes, légionnaires, artilleurs comme ces soldats du quartier du Marais... Tous sont des militaires aguerris dont certains ont plusieurs guerres à leur actif (Afghanistan, Sahel). Selon des sources militaires, l'opération à Paris représente le plus gros déploiement depuis la guerre d'Algérie.

"Ca nous rassure de voir des soldats dans la rue nous protéger. On pense à nous", explique un élève dans l'embrasure d'une porte, avant de s'arrêter net, discrètement rappelé à l'ordre. Aucun autre jeune ne voudra s'exprimer.

"Chaque enfant réagit de manière différente, il y a des jeunes qui s'amusent, qui vont demander quelles sont les armes déployées et puis il y en a d'autres qui ont des difficultés à dormir. Les rabbins les réconfortent, leur expliquent qu'ils doivent continuer à apprendre, à étudier, obtenir des résultats scolaires à la mesure de leurs capacités", résume Eliezer Wolf. De temps en temps, des militaires - une dizaine au total - entrent et sortent de l'école.

"Ils font partie des murs maintenant", lance Schlomo Kats, rabbin et enseignant. "Ils sont plus présents (que la police), ils ont l'air d'être plus visibles et plus armés aussi", se félicite-t-il. A l'angle de la rue, Omar Mouazzani, un passant qui promène son chien, est moins serein devant ce déploiement.

"Ca me déprime plus qu'autre chose (..) ils exagèrent un peu trop", juge ce jeune homme de 28 ans. "Les juifs sont un peu visés quand même (...) mais cela fait climat de guerre quand même", ajoute son copain, Morgan Dumont, 27 ans, en pointant le restaurant Goldenberg, dans la rue des Rosiers, où six personnes trouvèrent la mort dans un attentat antisémite en 1982.

Rue des Rosiers justement, Chai, un Israélien de 34 ans en parka, bonnet vissé sur la tête, rameute les clients devant "L'as du falafel".

"The best falafel in the world !", lance-t-il à la volée aux touristes qui s'approchent. "Les soldats ça rassure, cela montre aux juifs qu'ils ne sont pas abandonnés, qu'on prend soin d'eux. Mais si un mec veut faire un truc, personne ne pourra l'arrêter. Le premier flic, militaire qui s'approchera sautera avec", conclut-il, fataliste.

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