29/03/2014 13:07

Enquête: Un nouvel homme fort pour Libération et 18 millions d'euros ! Et maintenant ?

Par Laurence BENHAMOU

Décidé à transformer Libération en "média global" malgré l'opposition des salariés, l'homme d'affaires Bruno Ledoux a nommé un nouveau directeur venu de la télévision et promis d'apporter au quotidien 18 millions d'euros, quitte à investir seul. A

lors que Libération est au bord de la faillite, et n'avait plus vraiment de directeur depuis la démission de Nicolas Demorand mi-février, Bruno Ledoux, principal coactionnaire, a finalement choisi un remplaçant : Pierre Fraidenraich, ancien directeur d'iTélé, a été nommé directeur opérationnel du journal et devrait devenir ensuite président du directoire. Passionné d'info et de sport, Pierre Fraidenraich, 48 ans, a créé puis dirigé plusieurs chaînes.

D'abord reporter sur la Cinq en 1987 puis présentateur du 12/13 de France 3, il a fondé en 1998 la chaîne d'infos sportives InfoSport, après avoir convaincu le groupe TPS. InfoSport sera ensuite intégrée dans le groupe Canal+lors du rachat de TPS.

Il devient ensuite directeur général de la chaîne d'info iTélé de 2008 à 2012, dont l'audience sera multipliée par trois, avant d'être remplacé à ce poste par Cécilia Ragueneau.

Depuis 2012, il était responsable des acquisitions du pôle sport de Canal+. Contacté par Bruno Ledoux l'an dernier pour se pencher sur la stratégie vidéo et numérique de Libération, Pierre Fraidenraich était entré au Conseil de surveillance du journal le 20 février, le jour où les actionnaires avaient évincé Philippe Nicolas et une semaine après le départ de Nicolas Demorand.

Ce poste est un défi pour un nouvel arrivant dans le quotidien, dont les journalistes sont farouchement opposés au projet multimédia de Bruno Ledoux, prévoyant un espace culturel et un réseau social.

Depuis des semaines, ils publient chaque jour deux pages dans le quotidien intitulées : "Nous sommes un journal". "Je suis totalement ravi de ce poste", a déclaré Pierre Fraidenraich à l'AFP. "Mon objectif est de donner une impulsion au journal pour qu'il retrouve toute sa place dans le paysage médiatique et rencontre son marché, dont les codes et le tempo se jouent sur le numérique. Libération est un grand journal, qui a un avenir, et doit s'inscrire dans un écosystème média digital global.

Le journal est au coeur du projet mais nous devons passer de 'Libé' à 'Planète Libé', avec une gamme de contenu dédiés à sa communauté pour relever le défi de sa profitabilité". Interrogé sur le choix d'un homme de télé, après les difficultés rencontrées à la tête de "Libé" par Nicolas Demorand, venu de la radio, que la rédaction n'a jamais accepté, M. Ledoux a répondu que "Pierre Fraidenraich a un profil de journaliste mais aussi un profil entrepreneurial, car il a dirigé plusieurs entreprises, ce qui n'était pas le cas de Nicolas Demorand". "Et il a redressé iTélé, qui était déficitaire", a-t-il ajouté.

Bruno Ledoux a aussi annoncé vendredi un prochain plan de recapitalisation de 18 millions d'euros pour Libération : un prêt de 4 millions en urgence, qui doit permettre au journal de tenir jusqu'à fin juin, puis 14 millions supplémentaires, qui seront mobilisés grâce à l'apport à la société Libération, comme garantie, de l'immeuble parisien qui abrite son siège, dont. M. Ledoux est propriétaire.

M. Ledoux, convaincu du potentiel du projet, s'est même dit prêt à mobiliser seul ces 18 millions.

"Les autres actionnaires n'étant pas disposés à investir dans le journal, je le fais seul. Je vais apporter l'immeuble dans le projet. L'immeuble a une valeur de 30 millions d'euros, et cette garantie permettra de lever 14 millions supplémentaires et de structurer une augmentation de capital". "Je crois au projet, qui offre de très bonnes perspectives, autour du journal", a-t-il ajouté.

"Cet apport me donnera le contrôle" du journal, a précisé l'homme d'affaires, qui en détient actuellement 26%, car seront ainsi diluées les parts des autres actionnaires, Edouard de Rothschild et le groupe italien Ersel. Le changement d'actionnariat ouvrira aussi pour les journalistes la possibilité de bénéficier d'une "clause de cession" pour partir avec des conditions avantageuses. Les salaires de mars, attendus vendredi, sont en retard mais seront virés lundi, selon la direction.

Les salariés, qui n'avaient pas encore réagi vendredi soir à cette nomination, ont prévu une nouvelle assemblée générale mercredi.

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