04/06/2011 14:42

Quand les mots aident les aveugles à "voir" les films ...

Guidés par leur canne blanche ou par leur chien, ils prennent place parmi les autres spectateurs dans la salle obscure: ces aveugles et malvoyants peuvent eux aussi profiter du cinéma, grâce à une technique qui se développe, l'audiodescription.

C'est "La Fille du puisatier", adaptée par Daniel Auteuil, qui est projetée au Pathé de la place Bellecour à Lyon, lors d'une séance un peu particulière où ceux qui le souhaitent peuvent écouter dans un casque la description des éléments visuels de l'oeuvre.

"Un champ de coquelicots frémit sous un vent printanier. Une jeune fille traverse le champ, elle porte une robe de coton et des bottines", entame une voix masculine.

Ces commentaires accompagnent harmonieusement la musique et les voix du film, tout en laissant des respirations.

Au premier rang de la salle, Norbert Patot, 55 ans, se félicite de l'outil: "on est tout de suite dans l'action, on reconnaît les personnages, les paysages".

Claude Robert, aveugle de naissance, tient par le bras son épouse Elizabeth, qui ne voit guère mieux: "on manque beaucoup de choses dans un film, l'audiodescription aide", glisse le sexagénaire derrière ses lunettes fumées.

Patricia Le Darz, non voyante de 55 ans, explique qu'elle avait jusqu'alors l'habitude de venir au cinéma accompagnée et de se faire raconter les scènes. "Mais ces chuchotements ne sont pas bien tolérés. Et puis dans les films il est de plus en plus difficile de décrire les images, qui sont moins en corrélation avec les paroles", observe-t-elle.

Julie Petrequin, 28 ans, n'ose guère franchir le pas des cinémas habituellement. "Je me contente d'audiodescription en famille devant la télé! Mais ici je suis impressionnée par la qualité du travail des audiodescripteurs, il faudrait que ça se fasse de plus en plus au ciné et à la télé", souhaite-t-elle.

Patrick Saonit, responsable audiovision à l'association Valentin Haüy, qui organise ces projections, est venu avec un ordinateur qui diffuse les commentaires jusqu'aux casques. "Avec la numérisation en cours des salles de cinéma, la transmission sera automatique: une piste sera réservée à l'audiodescription", expose-t-il.

Reste à convaincre réalisateurs et producteurs de faire "traduire" leurs films, ce qui en coûte 5 à 6.000 euros par oeuvre (rémunération des auteurs des textes, des speakers, travail technique...). Le fichier d'audiodescription est ensuite exploitable aussi bien au cinéma qu'à la télévision et en DVD.

"Aux Etats-Unis, d'où vient l'audiodescription, la technique est généralisée, en Angleterre elle est assez répandue mais en France, il n'y a pas de motivation. Les équipes des films et les directeurs de salles ne mesurent pas le potentiel", déplore M. Saonit. Quelque 1,2 million de Français sont malvoyants.

L'association Valentin Haüy a recueilli en un mois près de 12.000 signatures en faveur du développement de l'audiodescription. Cette pétition, intitulée "tous une place devant l'écran", sera remise lundi au ministère de la Culture.

Les chants des cigales se taisent, c'est la fin de la séance. Armande Cherblanc, 63 ans, en a les larmes aux yeux: "je suis triste, je voudrais que ça continue!" La voix off égrène le générique. "Jusqu'alors je n'avais jamais pu savoir le nom des acteurs", savoure-t-elle.

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