28/05/2011 13:06

"Sidération", mot rare à la mesure de la chute de DSK


Stupéfaction ? Coup de massue ? Usés. Déflagration ? Et quoi encore ? Sidération ! Pour décrire l'état de stupéfaction dans lequel les a plongés l'affaire DSK, les médias ont choisi ce mot rare, empreint d'occultisme, qui frappe les spécialistes du langage.

"Je n'ai jamais vu ce mot employé autant ! C'est très fort. Cela renvoie à quelqu'un qui perd l'usage de ses facultés car il ne peut y croire. On appuie sur les mots pour montrer l'extraordinaire impact de l'information", commente Bernard Pivot.

La chute de DSK aurait-elle donc le même impact que les images diffusées en boucle des tours jumelles du World Trade Center percutées par deux avions le 11 septembre 2001 ? Déclencherait-elle une "sidération audiovisuelle" telle que décrite par le pédagogue Philippe Meirieu : "attitude qui empêche d'avoir la moindre distance réflexive à l'égard de ce que l'on voit" ?

"Je n'ai pas entendu ce mot au moment de Fukushima ou de la mort de Ben Laden... Un tremblement de terre et un tsunami qui détériorent une centrale nucléaire, ça pouvait arriver. Ben Laden, recherché depuis dix ans, on pouvait penser qu'il serait capturé ou tué un jour, mais personne ne pouvait imaginer que Strauss-Kahn finirait son séjour aux Etats-Unis entre deux policiers, accusé de (tentative de) viol", poursuit M. Pivot.

Encore réservé au vocabulaire médical pour décrire un état de choc exceptionnel, le substantif "sidération" date du XVIe siècle. Il désignait alors "un anéantissement total des forces vitales sous l'effet d'un astre négatif", explique le linguiste Alain Rey.

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