18/12/2010 10:10

A France 24, le personnel attend l'arbitrage de l'Etat

Par Marie-Dominique FOLLAIN

Après une semaine riche en rebondissements à France 24, le gouvernement va devoir jouer les arbitres dans la guerre opposant à la tête de l'Audiovisuel extérieur de la France (AEF) Christine Ockrent, numéro deux de la société holding, à son patron Alain de Pouzilhac.  

Jeudi, le personnel de la chaîne publique d'information internationale a massivement exprimé (à 85%) sa défiance envers Christine Ockrent, qui a aussitôt fait savoir qu'elle ne démissionnerait pas. Avec une motion de confiance accordée par 54% des votants, Alain de Pouzilhac n'a pas pour autant reçu un chèque en blanc.  

Dans la foulée, l'intersyndicale a annoncé qu'elle adresserait une lettre aux autorités de tutelles de France 24, Matignon et le ministère de la Culture, "afin qu'elles prennent les mesures qui s'imposent".   

Ce désaveu de "la reine Christine", ainsi qu'elle a été surnommée dans les années 1980, est l'aboutissement de diverses péripéties qui empoisonnent depuis plusieurs mois l'atmosphère de "la CNN à la française".  

Le tandem Pouzilhac-Ockrent a été choisi par Nicolas Sarkozy au moment de la création, en 2007, de l'AEF qui chapeaute France 24, Radio France Internationale et une partie de TV5 Monde. Leur nomination avait fait des remous à l'époque, la journaliste étant aussi la compagne de Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères. M. de Pouzilhac s'occupe de la gestion, Christine Ockrent des contenus et tous deux perçoivent un confortable salaire annuel de 315.000 euros.  

A la rédaction de France 24, qui compte 280 journalistes, on reconnaît que les deux dirigeants ne se sont jamais vraiment appréciés. Mais c'est l'été dernier que la situation dérape.  

Le directeur adjoint de la rédaction Albert Ripamonti, qui était à France 24 depuis le début, claque la porte pour rejoindre i-TELE. Vincent Giret, le directeur de la rédaction et proche de Christine Ockrent, est licencié pour "faute grave". Alain de Pouzilhac lui reprocherait d'avoir plombé les comptes de la chaîne en embauchant trop de journalistes.  

Point d'orgue de la lutte que se livre le tandem, Alain de Pouzilhac a rétrogradé Christine Ockrent au poste de directrice générale déléguée, elle qui était jusqu'en juillet directrice générale.  

Les événements s'accélèrent. En novembre, une proche collaboratrice de Christine Ockrent est impliqué dans une affaire d'espionnage informatique et mise à pied. Elle a été placée en garde à vue de mercredi à jeudi à Paris dans dans les locaux de la Brigade d'enquêtes sur les fraudes aux technologies de l'information.   Dernier épisode en date, l'Assemblée nationale a annoncé la création d'une mission d'information parlementaire portant en particulier sur les "dysfonctionnements" de l'AEF.  

Depuis la révélation de l'affaire de piratage informatique, Christine Ockrent n'a cessé de réfuter des "allégations attentatoires" à son "honneur". Mais dans l'attente de la décision des tutelles de l'AEF, sa position apparaît de plus en plus délicate.   La chaîne, créée par Jacques Chirac pour porter la voix de la France dans le monde, est aujourd'hui fragilisée. D'autant que sa situation financière suscite des inquiétudes. Dotée d'un budget global de l'ordre de 90 millions d'euros, elle pourrait être en déficit de plusieurs millions d'euros en 2011, selon certaines prévisions.

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Vos réactions

Portrait de Papyboom
18/décembre/2010 - 21h42

315 000 euros annuel ! Et après on chipote pour augmenter le SMIC !

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