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L'enquête explosive de Libération sur ce groupe de journalistes qui harcelaient et menaçaient leurs consoeurs, les gays et féministes sur les réseaux sociaux

Après un article sur CheckNews, des femmes  et quelques hommes racontent depuis vendredi comment ils et elles ont été harcelés par des hommes de la "Ligue du LOL" qui était constitué par des journalistes masculins, publicitaires, graphistes, informaticiens qui se retrouvaient autour d'un groupe Facebook pour se moquer et harceler un certain nombre de leurs cibles, la plupart du temps des femmes, qu'ils avaient pointées du doigt. 

Selon Libération, la Ligue du LOL désigne le nom d’un groupe privé Facebook, créé par Vincent Glad, journaliste,  à la fin des années 2000. Y ont figuré, et y figurent encore, une trentaine de personnes pour la plupart issues de nombreuses rédactions parisiennes, du monde de la publicité ou de la communication.

A l’époque, une team de journalistes qui s’adonnaient au harcèlement comme à un sport, avec pour cibles des féministes, des personnes LGBTQ et racisées.

Mélanie Wanga, journaliste, féministe, co-autrice de la newsletter "Quoi de meuf ?" a raconté dans un thread Twitter, le harcèlement dont elle avait fait l'objet:

"Imaginez croiser les gens de cette team en soirée. Les voir se promouvoir entre eux, se donner des CDD, des CDI. Les voir harceler d'autres personnes. Vous essayez de lutter et d'aider, sans trop réussir. Parce que déjà, les rapports de force sont complètement déséquilibrés. Des mecs blancs bien insérés dans le milieu, entourés de "cool girls" qui joignent la curée du harcèlement parce que why not ? Plus on est de fous... La ligue, c'était un groupe pyramidal où les mange-merde harcelaient pour montrer aux boss qu'ils avaient de la valeur. Comment tu dénonces un milieu structurellement conçu pour ne pas donner la parole aux gens comme toi ? Comment tu fais quand tu dis que tu subis du harcèlement sexiste

Les témoignages émanent principalement de femmes, dont plusieurs évoquent le rapport de pouvoir qui les ont dissuadés de dénoncer ce harcèlement.

"A l'époque, j'étais intermittente, je travaillais pour une émission sur France 5. Je ne savais pas si j'aurais du travail l'année suivante. Bien entendu, ma situation était précaire", écrit Florence Porcel, auteure d'un thread publié samedi. Elle y raconte un canular téléphonique, au cours duquel un journaliste s'était fait passer pour le rédacteur en chef d'une émission en lui proposant d'y travailler, avant de publier le fichier audio sur internet. Et d'ajouter que le harcèlement ne s'est, dans son cas, pas limité à la vie virtuelle, affirmant que "quatre ou cinq" membres du groupes sont venus l'"entourer physiquement' sur "(son) lieu de travail".

Mais des journalistes hommes ont également été visés en raison de leur supposée sexualité. Dans un long article publié dimanche sur Medium, Benjamin LeReilly raconte avoir été harcelé à partir de mai 2011 - il était alors l'auteur d'un blog personnel - et rapporte les mêmes procédés : usurpation d'identité, insultes anonymes et photomontages. "Quelqu'un a commencé à diffuser un photomontage de moi en train de sucer un pénis (...) sur un réseau de questions anonymes (...). Le montage était envoyé en masse à des mineurs, jusqu'à 12-14 ans, avec la mention 'Salut, je suis @lereilly, j'adore sucer, ça t'intéresse ?'".

"Ca a commencé à l'époque où je faisais mes premiers pas dans la presse féminine. J'avais environ 21 ans, je n'avais pas confiance en moi", témoigne par exemple Capucine Piot sur Twitter. "La ligue du LOL m'a repérée et a commencé son travail de sape petit à petit. Montages photos/vidéos visant à se moquer de moi. Archivage des petites bêtises que j'avais pu tweeter pour me les ressortir systématiquement." "Pour moi, la ligue du LOL c'est des années de harcèlement, une usurpation d'identité, des attaques basses et gratuite", raconte une autre utilisatrice de Twitter. "Clairement, ça a défoncé ma confiance en moi et en mes capacités de journaliste."

Vincent Glad, journaliste pigiste pour Libération et Brain magazine, qui a crée le groupe sur Facebook, a présenté ce week-end ses excuses sur Twitter : "En créant ce groupe, j'ai crée un monstre qui m'a totalement échappé", a-t-il écrit.

David Doucet, rédacteur en chef web aux Inrocks, s'est dit "désolé". "Cette libération de la parole m'a surtout fait prendre conscience que je comptais parmi les bourreaux", a-t-il écrit sur Twitter.

Alexandre Hervaud, journaliste à Libération, a présenté également ses excuses, expliquant que certains des témoignages apparus depuis vendredi lui avaient "littéralement tordu le bide".

 Olivier Tesquet, journaliste à Télérama, reconnaît avoir « fait partie de ce groupe » mais tient à préciser qu’il n’a « jamais harcelé quiconque ». « Je fais très probablement partie de la catégorie des témoins passifs. Est-ce une excuse ? Non. (…) Désolé pour ce silence coupable. Qui méritait d’être rompu. »

Stephen des Aulnois, quant à lui, a dans un premier temps publié une réaction, avant de finalement supprimer son compte Twitter.

Depuis le mois d’août 2018, la loi punit les faits de cyber-harcèlement «en meute», plus communément appelés « raids numériques ». 

Selon France Inter, Alexandre Hervaud, chef de service web de Libération mis en cause dans l'affaire de la "Ligue du lol", a été mis à pied ce matin "à titre conservatoire" par sa direction.

"Cette mise à pied a été décidée dans le cadre de l'enquête interne qui a été lancée à Libération. Elle n'est "pas une sanction", fait valoir la direction du journal", précisent nos confrères.

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Vos réactions

Portrait de Alala 1er
11/février/2019 - 18h18

Libé, Libé, les Inrocks, Télérama... Mouah ha ha !!!!

Portrait de Mikah2307
11/février/2019 - 12h48
seb2746 a écrit :

Dire que ce sont des gens qui sont pourtant a des postes IMPORTANTS dans la presse...

Vite une purge de toute ces merdes qui ne méritent que la prison.

Comme quoi, on peut avoir un poste important et être un vrai con (là je suis poli)smiley

Portrait de seb2746
11/février/2019 - 12h23

Dire que ce sont des gens qui sont pourtant a des postes IMPORTANTS dans la presse...

Vite une purge de toute ces merdes qui ne méritent que la prison.

Portrait de minou75
11/février/2019 - 12h00 - depuis l'application mobile

La " Ligue du Lol " c'est une vraie liberté d'expression...!!!

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