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Pour la première fois, l'Agence France Presse confie sa direction de l'information à un anglophone: le journaliste Phil Chetwynd

Par Frédéric POUCHOT

C'est une première pour l'Agence France-Presse (AFP): un journaliste anglophone, Phil Chetwynd, a été nommé mercredi directeur de l'information, un choix qui vise notamment à refléter l'internationalisation croissante des activités de la troisième agence mondiale. Phil Chetwynd, 49 ans, de nationalité britannique, était jusqu'ici rédacteur en chef central de l'Agence France-Presse.
Sa nomination a été officialisée par le PDG de l'AFP, Fabrice Fries, lors de la présentation de ses voeux aux salariés. Alors que l'AFP réalise près de 60% de son chiffre d'affaires hors de France, c'est la première fois qu'un journaliste anglophone est nommé à un poste aussi élevé dans son  organigramme. Le directeur de l'information supervise toutes les activités éditoriales de l'agence. 

Un choix que Fabrice Fries, qui a pris la tête de l'AFP au printemps 2018, a motivé notamment par sa volonté d'"ouvrir" davantage la direction de l'agence vers l'international."J'étais frappé en arrivant de voir combien la diversité géographique de l'AFP n'était pas suffisamment reflétée" dans sa haute hiérarchie, a-t-il expliqué devant les salariés. "Je pense qu'il faut qu'on s'ouvre. Ce n'est pas la seule raison, loin s'en faut, mais c'est  une raison très importante et c'est un signal que je voulais aussi donner aux salariés de l'agence", a-t-il souligné.
L'AFP, seul média non anglo-saxon parmi les trois plus grandes agences de presse mondiales (l'américaine Associated Press et la britannique  Reuters sont ses principales concurrentes), développe ses activités sur tous les continents : présente dans 151 pays, elle emploie environ 2.300  collaborateurs de 80 nationalités différentes, qui produisent des informations (textes, photos, vidéos...) pour 5.000 clients dans le monde. 

Phil Chetwynd, né au Royaume-Uni, a passé la majeure partie de son enfance en Afrique du Sud. Il a étudié les langues et la littérature à l'Université de Bristol avant de se former au journalisme à Cardiff. Après des débuts dans le métier au sein de la presse régionale britannique, il est entré à l'AFP en 1996 et a occupé plusieurs postes au sein du réseau international de l'Agence, à Pékin, Hong-Kong, ainsi qu'à Paris. Il a gravi les échelons en devenant rédacteur en chef adjoint puis rédacteur en chef de la région Asie-Pacifique, avant d'intégrer la rédaction en chef centrale.
Il succèdera, d'ici la fin du mois, à Michèle Léridon, qui avait annoncé mardi vouloir "passer le témoin" après quatre ans et demi à la direction de l'information de l'agence de presse. La Correspondance de la presse a indiqué mercredi qu'elle pourrait être nommée prochainement au Conseil  supérieur de l'audiovisuel (CSA), une hypothèse qualifiée de "piste" par l'intéressée. "C'est un grand honneur qu'on me donne l'opportunité de diriger le magnifique réseau de journalistes de l'AFP", a confié Phil Chetwynd, qui se dit "impatient de poursuivre le processus de modernisation  et de transformation porté si efficacement par ma prédécesseure Michèle Léridon ces dernières années".
Ce changement à la direction de l'information intervient dans une période pleine de défis pour l'AFP, dont le PDG a lancé à l'automne dernier un  "plan de transformation". Celui-ci prévoit la suppression de 125 postes nets sur cinq ans (soit 5% des effectifs à fin 2017), parallèlement au  développement des recettes commerciales, dans le but de ramener les comptes de l'agence à l'équilibre en 2021.
L'Etat, a souligné M. Fries lors de ses voeux aux salariés, a apporté un "soutien franc et massif" à l'AFP en acceptant fin 2018 de financer ce plan  à hauteur de 17 millions d'euros. Un signe, selon lui, "d'attachement à la mission fondamentale de l'Agence", qui joue notamment un rôle  grandissant dans la lutte contre la désinformation.
Par ailleurs, le PDG a indiqué que la question d'un éventuel déménagement de l'AFP, installée au coeur de Paris depuis sa création à la  Libération, pour dégager des fonds, ne serait pas tranchée avant plusieurs mois, préférant prendre son temps pour décider sur ce sujet "complexe" et "lourd".

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