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Empêtré dans les scandales, Fox affirme vouloir corriger les dérives mais sans résultat tangible pour l'instant.

Les chaînes du groupe Fox, en premier lieu Fox News, accumulent les affaires de harcèlement et de discrimination, signe de dérives que l'entreprise affirme vouloir corriger, mais sans résultat tangible pour l'instant.

Au fil des mois la liste s'allonge. Lundi, c'est un présentateur de la chaîne Fox Business Network, petite soeur de Fox News, qui a été accusé de viol par une ancienne éditorialiste politique de la chaîne, Scottie Nell Hughes.

En 14 mois, Fox News a déjà perdu son PDG et fondateur, Roger Ailes, mais aussi son présentateur vedette, Bill O'Reilly, tous deux mis en cause pour harcèlement sexuel.

Mardi, lors de sa première interview depuis son licenciement, Bill O'Reilly a assuré qu'il était innocent des faits qu'on lui reprochait et accusé des activistes d'avoir planifié, le concernant, "un assassinat politique et financier".

Mais le problème va bien au-delà de quelques noms, comme en témoignent les déclarations à la justice d'anciennes collaboratrices de Fox, qui font état d'avances, de violences verbale et physique, ou d'employées et de journalistes traitées de "putes" ou de "salopes". De nombreuses procédures sont en cours pour des affaires concernant Fox News mais aussi d'autres chaînes et stations de radio du groupe.

Sollicité par l'AFP, le groupe rappelle qu'il a mandaté dès juillet 2016 et la publication des premières accusations visant Roger Ailes un cabinet d'avocats pour enquêter sur d'éventuelles pratiques déviantes.

Mais pour Angelo Carusone, président de Media Matters, qui se définit comme un organe de surveillance des médias conservateurs, ce processus "n'était pas fiable".

Scottie Nell Hughes assure ainsi que Fox l'a définitivement écartée de l'antenne après qu'elle se fut confiée aux avocats, signe que tout ou partie des informations glanées lors de l'enquête étaient communiquées à Fox.

En revanche, selon une source proche du groupe, les conclusions de l'enquête, dont on ne sait si elle est close, ne seront jamais rendues publiques.

Le groupe 21st Century Fox, qui chapeaute Fox News, souligne qu'un nouveau directeur des ressources humaines a été installé au niveau du groupe et un autre au sein même de la chaîne.

Depuis septembre 2016, près de 7.000 employés de l'entreprise ont suivi une formation dédiée aux comportements en entreprise, dont tous les salariés de Fox News.

En début de session, le PDG de 21st Century Fox insiste sur la nécessité de faire part de tout comportement inapproprié, avec l'assurance, en cas de témoignage, de ne pas faire l'objet de représailles. Mais on ne change pas deux décennies d'histoire en quelques minutes de pédagogie, a fortiori dans le cas d'une chaîne qui met en scène "de manière hyper sexuée ses présentatrices et ses journalistes" femmes, estime Reece Peck, enseignant à l'université publique de New York, qui prépare un livre sur Fox News. Cheveux longs, gros plans sur les jambes, diktat de la jupe ou de la robe courte qui faisait même l'objet de consignes, selon Gabriel Sherman, auteur d'un livre sur Roger Ailes, Fox News projetait une image de la femme qui existe avant tout par son physique.

Pour Reece Peck, ces pratiques sont directement liées à celles utilisées par le magnat Rupert Murdoch, fondateur de 21st Century Fox, pour se faire sa place dans le monde sans merci des tabloïds anglais durant les années 70. L'initiative la plus marquante de l'entrepreneur australien dans ce registre reste la page 3 du Sun, qui montrait la photo d'une jeune femme seins nus.

"Que cela infuse ou se manifeste dans la culture interne de l'entreprise n'est pas surprenant", explique Reece Peck. A cela s'est ajoutée la vision très "fifties" de Roger Ailes, directement sortie d'un épisode de la série culte "Mad Men", résume l'universitaire.

Plus généralement, pour lui, "il y a une connexion avec l'idéologie politique conservatrice de la chaîne", qui sépare les sexes et entretient une vision de la femme très classique, conforme à celle d'une partie de l'électorat républicain. Pourtant toujours très critique de la chaîne et du groupe, Angelo Carusone voit néanmoins dans la gestion de l'affaire Scottie Nell Hughes, la dernière en date, une évolution positive.

"Ce qui est fondamentalement différent", dit-il, "c'est que Fox News tient un discours. Ils évoquent les choses publiquement". Auparavant, "il n'y avait aucun mécanisme pour traiter le problème".

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