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Les opiacés, une drogue de "Blancs" moins criminalisée que le crack, selon le réalisateur John Singleton, créateur de la série "Snowfall"

Pour le réalisateur John Singleton, créateur de la série "Snowfall" sur l'émergence du crack à Los Angeles, cette crise il y a trente ans fait écho à bien des égards à celle des opiacés aujourd'hui, avec une grande différence.

"C'est très intéressant pour moi en tant que Noir de voir ce problème contemporain de la crise des opiacés comparé à la façon dont ils ont à l'époque criminalisé toute une génération" qui consommait du crack, a souligné le réalisateur vedette lors du séminaire de la chaîne FX mercredi, dans le cadre des rencontres de la Television Critics Association (TCA).

Les consommateurs d'opiacés, à majorité blancs, notamment dans des régions post-industrielles américaines, sont considérés comme des victimes alors que ceux qui consommaient du crack, surtout des Noirs, ont été poursuivis et pour beaucoup incarcérés.

Une injustice? "Oui, mais c'était injuste à l'époque et ce le serait aujourd'hui" si la même "guerre contre la drogue" était menée contre les consommateurs de ces antalgiques puissants et addictifs qui provoquent plus de 20.000 morts par an aux Etats-Unis, souligne celui qui est devenu un grand nom d'Hollywood en mettant en scène "Boyz'n the Hood" en 1991.

Au moment où le cannabis va être légalisé en Californie et où toute l'industrie qui l'entoure est en plein boom aux Etats-Unis, le cinéaste fait valoir que beaucoup sont en prison pour avoir à l'époque fait le commerce de ces drogues.

"Snowfall", dont la première saison est actuellement diffusée sur la chaîne câblée FX, va faire l'objet d'une seconde saison, a-t-il été annoncé au séminaire TCA mercredi.

La série permet de revenir dans le quartier de South Central à Los Angeles à partir de 1983 "avant qu'il ne soit ravagé" par le crack, puis par les retombées des émeutes de Rodney King en 1992 - sur lesquelles le cinéaste vient aussi de réaliser un film documentaire. "Il y a toute une génération de gens qui ont grandi dans cet environnement et qui ont souffert des effets" de l'épidémie, remarque-t-il.

Dans "Snowfall", "on voit la lente détérioration de l'environnement et l'effet sur les personnages". Pour le réalisateur, la succession des crises liées à la drogue aux Etats-Unis, de l'héroïne dans les années 1970, à la cocaïne en passant par les opiacés, est le signe que "certains politiciens pensent +laissons-les prendre des narcotiques+" pour ne pas voir de rebellions contre le déclassement économique.

"La crise de la cocaïne a aidé à étouffer les conflits sociaux en Amérique", insiste-t-il.

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