A l'occasion de la diffusion mercredi, par France 2, d'une soirée consacrée aux dérives de la télé, jeanmarcmorandini.com vous propose une série d'enquête sur la "trash-télé" à travers le monde.
Voici le programme:
Samedi: "La médecine devient un spectacle"
Dimanche: "Les dérives qui inquiètent"
Lundi: "Violence et provocation"
Mardi: "Des candidats nus partout dans le monde"
Mercredi: "Bilan de notre enquête"
Attention en raison du thème abordé la majorité des images sont à déconseiller aux plus jeunes ou aux personnes sensibles.
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Les dérives qui inquiètent
Vécue il y a dix ans comme une libération dans un paysage audiovisuel
plan-plan, la téléréalité a fini par s'imposer aux chaînes commerciales mais
les dérives de ces émissions "pulsionnelles", toujours plus "trash",
semblent sans limites et ne cessent d'inquiéter.
Quand MTV montre des accidents provoquant des blessures,
quand un cadavre est disséqué en direct sur la chaîne britannique Channel 4,
quand des tentateurs brisent des couples dans "L'Ile de la Tentation" sur
TF1, on peut légitimement s'inquiéter, dit Christophe Nick, l'auteur des
documentaires.
"Depuis dix ans les chaînes commerciales proposent des
programmes violents", constate le documentariste. A l'instar de "Fear
Factor" (TF1) où les candidats doivent vaincre leurs phobies, recouverts de
milliers de cafards, beaucoup d'émissions de téléréalité jouent avec la
représentation de la mort.
"Les programmes les plus extrêmes arrivent.
Les boîtes de production guettent le bon moment" et les petites chaînes de
la TNT (déjà truffées de téléréalité), n'attendent que ça, avertissent les
spécialistes.
Car avec 2% d'audience, la TNT se trouve sur des niches et
peut se permettre d'être plus "trash" qu'une grande chaîne
fédératrice.
La Grande-Bretagne est le "laboratoire de ce qu'il y a de
pire" en la matière et, si la France est relativement épargnée, il n'y a pas
non plus "d'exception française", souligne Christophe Nick.
Les téléspectateurs en tout
cas semblent apprécier, surtout les jeunes. Ces images impossibles il y a 30
ans le sont devenues parce que la sensibilité a évolué, explique le
philosophe Bernard Stiegler.
Jusque dans les années 1980, l'obscène était
banni du petit écran. L'intime est apparu en 1983 sur Antenne 2 avec "Psy
Show", une psychanalyse de couples. Le jeu "Le maillon faible", début 2000
(TF1), transgressait à son tour une autre valeur: l'élimination de
l'autre.
Lassé d'une télévision à la papa, le public saluait une
libération de la parole... mais perdait en parallèle sa "capacité de prise
de distance". Les producteurs ont appris à jouer avec ses pulsions.
La
télévision "pulsionnelle" s'est peu à peu "imposée comme un genre dominant"
auprès des chaînes commerciales, s'adressant non plus à un citoyen mais à un
consommateur - d'où la fameuse phrase de l'ex-patron de TF1 sur le "temps de
cerveau humain" vendue aux annonceurs.
L'arrivée de la télé-réalité, avec
Loft Story sur M6 en 2001, a accentué cette logique en faisant monter
immédiatement le cours de la chaîne à la Bourse.
Ces émissions, à
faible coût, "mettent en scène la consommation: l'oisivité des candidats
implique qu'ils parlent de ce qu'ils vont manger, de mode... Ou alors la
consommation est présente en creux, comme dans +Koh Lanta+: bref quand la
pub arrive, il y a une continuité", analyse Valérie Patrin-Leclère,
chercheur en communication.
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