24/03/2016 10:36

Le jeu vidéo "Call of Duty" porte-t-il atteinte à l'honneur de Savimbi? La justice répond!

Le jeu vidéo culte "Call of Duty" porte-t-il atteinte à l'honneur des proches de l'ex-figure de la rébellion angolaise Jonas Savimbi? La justice française rendra jeudi sa décision sur l'offensive judiciaire lancée par trois descendants qui estiment que leur père y est représenté en "barbare".

Mêmes traits, même fonction, même contexte historique... Quand les enfants découvrent par hasard un personnage de "Call of Duty" à l'effigie de leur père, c'est le choc: cet "homme barbare", "aimant le sang", "ce n'est pas papa", proteste l'un d'eux, Alleluia Savimbi, 38 ans.

Leurs réclamations "amicales" restées lettres mortes, ces enfants du clan Savimbi, installés en région parisienne, ont alors attaqué Activision Blizzard, la branche française basée à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) de l'éditeur américain du jeu de tir nourri à la violence guerrière. Un cas exceptionnel de diffamation dans un jeu vidéo porté à la justice française et dont a eu à se saisir le tribunal de grande instance de Nanterre le 3 février.

Au coeur de l'affaire, l'honneur d'un seigneur de guerre aussi charismatique que controversé: Savimbi a dirigé d'une main de fer les rebelles de l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (Unita), lors du conflit contre le colonisateur portugais puis lors de la guerre qui a déchiré le pays à partir de 1975. Longtemps allié des Etats-Unis face au régime procommuniste du Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA), sa mort au combat en 2002 avait mis un terme à 27 ans de guerre civile.

Et voilà que dix ans plus tard, le "coq noir" refait surface en allié du héros de "Call of Duty", Alex Mason, dans une courte séquence de l'opus Black Ops II sorti en 2012, où il apparaît dans le feu des rafales ennemies, haranguant ses troupes depuis un char, lance-grenades à la main, au cri de: "Il faut les achever!".

Pour l''avocate des enfants, Me Carole Enfert, c'est "une présentation particulièrement négative". "Certes ce fut un chef de guerre, mais parallèlement un leader politique" sur l'échiquier de la Guerre froide, "l'ami de Mandela, Bush, Reagan", avait-elle plaidé à l'audience.

Au-delà du cas Savimbi, l'affaire pose une question d'intérêt général encore non résolue par le droit, selon l'avocate: "est-ce qu'un jeu peut sans votre autorisation vous représenter dans un scénario imaginaire, avec votre nom" et "voler votre image"?

Pour le camp d'en face, il n'y a pas de problème: "Call of Duty" est une "oeuvre de fiction", couverte par la "liberté d'expression". "C'était un chef de guerre, il n'y a pas de contestation possible, on ne présente rien d'autre qu'une page de l'histoire à laquelle Savimbi a participé", s'était défendu Activision.

A l'audience, l'avocat de l'éditeur Me Etienne Kowalski s'était employé à soulever la prescription de l'action judiciaire et à balayer les "demandes excessives" de la famille, qui réclame le retrait de la version du jeu incriminée et un million d'euros de dommages et intérêts.

Avec 250 millions d'exemplaires écoulés depuis sa création en 2003, "Call of Duty" a déjà mis en scène Fidel Castro, John F. Kennedy ou encore l'ex-dictateur déchu du Panama Manuel Noriega, 81 ans. Ce dernier avait déclaré la guerre au jeu culte, l'accusant de voler son image et de l'incarner en traître patibulaire... Peine perdue: la justice américaine avait rejeté sa plainte en 2014.

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