17/08/2015 13:25

L'Egypte adopte une loi antiterroriste controversée pour la liberté de la presse

Le président égyptien Abdel Fatah al-Sissi a ratifié dimanche une loi antiterroriste qui prévoit une amende très lourde pour les journalistes qui rapporteraient des informations contredisant les communiqués officiels en cas d'attentats.

Au lendemain de l'assassinat le 29 juin du procureur général Hicham Barakat dans un attentat spectaculaire, toujours non revendiqué, M. Sissi avait promis une législation plus dure "pour lutter contre le terrorisme".

Cet attentat avait été suivi le 1er juillet par une série d'attaques jihadistes de grande ampleur contre des militaires dans la péninsule du Sinaï et l'armée avait été ulcérée par la couverture médiatique de ces attaques. Elle avait fait état de 21 soldats tués dans ces violences, mais les médias avaient publié des bilans bien plus lourds, citant des responsables de la sécurité.

La loi controversée, publiée au journal officiel, instaure une amende pouvant aller de 200.000 à 500.000 livres égyptiennes (entre 23.000 et 58.000 euros) pour toute personne diffusant ou publiant de "fausses" informations sur des attentats ou des opérations contre des combattants islamistes. Les détracteurs de la loi estiment que ces amendes pourraient pousser à la fermeture des petites publications, et dissuader les autres médias de travailler de manière indépendante. Le gouvernement prévoyait initialement une peine de deux ans de prison minimum.

Il y avait renoncé face à la bronca des journalistes égyptiens. En revanche, une clause a été ajoutée autorisant les tribunaux à "empêcher les personnes condamnées à exercer leur profession pendant une période ne pouvant pas excéder un an, si l'infraction viole les principes de la profession". Le métier de journaliste n'est pas spécifiquement mentionné.

La loi préconise par ailleurs la peine de mort pour les personnes coupables d'avoir créé, dirigé ou financé une organisation "terroriste". Depuis que M. Sissi a destitué l'islamiste Mohamed Morsi en juillet 2013, ses partisans ont été la cible d'une sanglante répression durant laquelle au moins 1.400 personnes ont été tuées. Des dizaines de milliers d'autres ont été arrêtés dont plusieurs centaines condamnés à mort dans des procès de masse expéditifs, qualifiés par l'ONU de "sans précédent dans l'histoire récente" du monde.

Des dizaines de ces peines ont cependant été annulées par la Cour de cassation. Egalement condamné à mort en juin, M. Morsi a fait appel.

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