18/01/2009 17:31

L'annulation de spectacles ravive la crainte d'antisémitisme

Par Boris CAMBRELENG

L'annulation d'un spectacle de l'humoriste Arthur en France, accusé par des manifestants de financer Israël, et d'un concert d'Enrico Macias à l'île Maurice, deux artistes d'origine juive, ravive la crainte d'un antisémitisme lié au conflit à Gaza. Depuis le début de l'intervention israélienne, plusieurs synagogues ont également été l'objet d'actes de vandalisme et d'incendies en France, ce qui a suscité inquiétude et appels au calme des autorités et de plusieurs associations.

Vendredi, les organisateurs d'un concert d'Enrico Macias prévu le 23
janvier ont annulé l'événement, la municipalité de Port-Louis ayant menacé de ne pas l'autoriser pour des questions de sécurité. Le spectacle devait avoir lieu près d'un quartier majoritairement peuplé de Mauriciens musulmans.

Des dirigeants politiques mauriciens et des groupuscules islamiques avaient auparavant condamné la participation du chanteur à un rassemblement pro-israélien près de l'ambassade d'Israël à Paris le 4 janvier, selon l'avocat de la société organisatrice du concert.

Vendredi également, plusieurs dizaines de manifestants ont bloqué pendant plus d'une heure l'entrée d'une salle à Vals-les-Bains, dans l'Ardèche, où l'animateur et comédien Arthur devait se produire. Selon des témoins de la scène, les manifestants auraient accusé Arthur de financer l'Etat israélien.

Cette accusation lui avait notamment été faite par l'humoriste Dieudonné, condamné en 2006 à 3.000 euros d'amende pour avoir diffamé l'animateur de télévision dont il avait déclaré qu'il finançait l'armée israélienne "qui n'hésite pas à tuer des enfants palestiniens".

A l'issue de la manifestation, Arthur a déclaré aux spectateurs qu'il
n'avait "plus le coeur à rire" et a annulé son spectacle.Dans un communiqué, la ministre de la Culture, Christine Albanel, a
témoigné samedi sa "sympathie" à Arthur, jugeant "absolument inadmissibles les pressions exercées vendredi soir par des manifestants pour empêcher le public d'assister au spectacle". Elle s'est inquiétée "de cette dérive communautariste qui bafoue les principes républicains" de tolérance et de liberté d'expression.

L'intervention de la ministre fait suite à la réunion organisée le 12
janvier par la secrétaire d'Etat à la politique de la ville, Fadela Amara,
avec une vingtaine d'associations de quartier. La réunion avait été organisée à la demande de l'Union des Etudiants juifs de France (UEJF), dont le président Raphaël Haddad a annoncé que 55 actes antisémites avaient été recensés en France depuis le début de l'offensive israëlienne sur Gaza, soit plus qu'en 2001 après la deuxième intifada.

Dénonçant l'incident visant Arthur, SOS-Racisme a jugé "utile de remarquer que les +manifestants+ ayant mené cette action se sont fondés sur ce qu'ils semblent considérer comme un délit : la judéité d'un individu".La manifestation pro-palestinienne débouchant sur l'annulation du spectacle a aussi été condamnée par le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) et le Bureau de vigilance contre l'antisémitisme."Ce qui s'est passé aussi bien vis-à-vis d'Enrico Macias que vis-à-vis d'Arthur suggère pour le moins une certaine idée du juif qui m'inquiète", a déclaré dimanche à Bordeaux le grand rabbin de France, Gilles Bernheim.

"On peut parler d'+anti-quelque chose+ ou +d'anti-autre chose+, on n'est
jamais très loin de l'antisémitisme lorsqu'on stigmatise le juif sur son nom, sur sa présence dans la société et sur ses réalisations", a-t-il expliqué

 

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