05/09/2005 20:50

Carte blanche à ...

... Catherine Siguret

Journaliste, écrivain... Catherine Siguret nous a écrit ce papier d'humeur sur la télé d'hier soir !

"Il y a des expressions que je n'ai jamais bien comprises, comme
"devoir de mémoire", ou plutôt jamais voulu bien comprendre. Comme tous ces "jeunes" dits irrespectueux parce qu'ils atteignaient l'âge adulte plus de quarante ans après la seconde guerre mondiale, le "devoir de
mémoire" m'a même "soûlée".

Rien que l'idée, rien que les mots. Les mots "Devoir" et "mémoire", rien qu'eux, sont franchement le contraire de ce qui incarne la vie à mes yeux, celle que je me souhaite et que je souhaite aux autres, qui serait un jeu laissant une grande place à l'oubli, histoire de ne pas se morfondre dans la piété, le regret, et autres sentiments qui figent comme en momies. Il y a aussi des discussions que je n'ai jamais voulu avoir, sur la télévision et sa vocation soi-disant pédagogique. Que ceux qui se réclament de la
culture à tout prix prennent un bon livre et cessent de râler, au lieu
d'essayer de se disculper de leur propre flemme en accusant la télé de
ne pas remplir le vide qui les étreint sur leur canapé. Autrement dit,
quand on a faim, on devrait aussi trouver la force d'aller chasser le
gibier là où il se trouve, il me semble.

J'aime la télé pour rêver et pour rire, avant tout, pas pour apprendre l'Histoire. C'est pour ça que quand ma télé-loisir s'installe dans le devoir de mémoire, je tremble.
Mon amuseuse publique donnerait dans la sinistrose qui lui va mal au
teint ? Au secours ! Complètement intriguée par le grand battage
médiatique autour du 11 septembre, je me suis cependant collée devant
le documentaire de Richard Dale, sur France 2. 20H50, c'était gonflé.


Je suis dans l'intervalle entre le premier documentaire et le second,
et je voulais juste dire que j'ai compris : il y a des devoirs de
mémoire qu'aucun livre ne pourrait transmettre comme le font les
images, en ce siècle où le choc des explications (les ben ladeneries)
est infiniment moins percutant que celui des images, qui disent assez
qu'aucune explication ne rendra les faits admissibles. Si le devoir de
mémoire envers le soldat américain d'une plage du Débarquement me
semble vraiment hors-saison et ne m'interpelle que très vaguement et
mollement, celui qu'on a envers le civil américain, l'employé, le
pompier ou la femme de ménage, m'est apparu d'un coup. Quand m'a fille de 15 ans m'a demandé pourquoi on s'enquiquinait à regarder un machinpareil au lieu de passer une soirée cool devant Comment se faire
larguer en dix leçons (M6), je n'avais pas trop de réponse au début du
programme. A la fin, alors qu'elle était scotchée et pleine de
compassion comme on l'est à 15 ans et on devrait le rester, je lui ai
dit que sans doute, là-bas au loin, des familles de victimes auraient
aimé savoir qu'en France, on ne pensait pas qu'à se marrer, on ne les
oubliait pas. Je lui ai dit : "c'est le devoir de mémoire".

On a compris l'expression en même temps. Il n'y a pas d'âge pour devenir moins con. C'est pas mal de n'avoir qu'une télé, surtout quand elle
fait ça."

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Vos réactions

Portrait de eric95
4/octobre/2006 - 08h50

probleme de semantique...
se qui gene dans le devoir de memoire c'est le mot "devoir" dans une societe ou l'on ne revendique que des "droit"il est inconsevable d'avoir des devoir
alors quand on croise cet horrible mot "devoir" que l'
on le rejette et que l'on le meprise mais si on passe outre cette repulsion et bien si reelement on se raproche de sa fille et que l'on en sort un peut moin con on peut peut etre se dire que d'avoir quelque devoir de temps en temps sa peut ne pas faire de mal

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