25/07/2011 19:33

Quand les gladiateurs rivalisent avec les experts en séries

Dans l'arène télévisuelle, les gladiateurs des séries historiques rivalisent avec les experts en criminologie du 21e siècle, un succès croissant qui pousse les chaînes à investir dans ce divertissement instructif.

Ces séries allient fiction et faits réels, langage contemporain et histoires intimes "de personnages traités comme des contemporains, là où la fresque historique traditionnelle n'était souvent qu'une simple adaptation un peu scolaire de grands romans ou récits", décrypte Fabrice de la Patellière, directeur de la fiction de Canal+.

"Rome", série culte de la chaîne américaine HBO rediffusée cet été sur Arte en prime time, a attiré jusqu'à un million de téléspectateurs, cinq ans après sa première diffusion par Canal + en 2006, souligne Emmanuel Suard, directeur adjoint des programmes de la chaîne franco-allemande.

Il y a un "un intérêt croissant" des téléspectateurs pour "cette manière très innovante de traiter l'Histoire", constate-t-il.

Forte de ce constat, Arte diffusera début 2012 la troisième saison des "Tudors" (coproduction canado-américano-irlandaise) ou la suite des frasques du roi Henri VIII, et travaille sur deux autres séries dont la diffusion est prévue en 2013, l'une sur les Cathares et l'autre sur Ulysse, ajoute ce responsable interrogé par l'AFP.

"Visuellement attrayantes", bénéficiant de "gros budgets" et du "savoir-faire" d'auteurs, costumiers et décorateurs de talents, ces séries répondent à "un plaisir de l'image immédiat". Mais elles "s'inscrivent aussi dans l'engouement plus général des Français pour l'Histoire", analyse Pierre Langlais, journaliste spécialiste des séries TV.

"Ils n'ont pas toujours le courage ou la culture nécessaires pour aller chercher dans les livres. Les séries offrent une plongée riche dans l'histoire européenne traitée avec légèreté".

"Le défi c'est de renouveler le genre, en suivant l'exemple anglo-saxon mais sans le copier", commente Fabrice de la Patellière qui croit en l'émergence d'une "marque de fabrique européenne".

La chaîne cryptée a coproduit "Borgia" (12 épisodes coproduits à hauteur de 600.000 euros par épisode), écrite par Tom Fontana ("Oz"), qui sera diffusée en prime time en octobre sur Canal + et dont Showtime a déjà diffusé une version américaine.

Parallèlement, elle développe une série sur Versailles, misant à la fois sur "la création de séries originales françaises ("Maison Close") qui se vendent de mieux en mieux à l'étranger et sur les coproductions internationales, essentiellement européennes", selon M. de la Patellière.

"Rome", "Les Tudors" ou "Borgia" font toutes appel aux ressorts du grand spectacle : sexe, violence, pouvoir et transgression, ce que Pierre Langlais nomme "la rock'n'rollisation" de l'Histoire.

Pour l'historien Ioanis Deroide, auteur de "Séries TV, mondes d'hier et d'aujourd'hui" (Ellipses), ces séries ont le mérite de rendre "familier le monde le plus étranger" là où l'histoire "fait l'expérience de la distance irréductible".

Elles sont de ce fait "souvent prétexte à une réflexion sur l'état de notre monde", ajoute Pierre Langlais.

"Rome, lancée sous George Bush Jr, rappelle-t-il, a été analysée comme une métaphore de la chute de l'Empire Américain. Souvent ces séries nous font réaliser que la vie politique contemporaine n'est pas vraiment différente de celle de l'époque".

"Mad Men, autre série historique (américaine) inscrite dans une époque plus récente, voit naître la société de consommation contemporaine et les mentalités évoluer. C'est non seulement une leçon d'histoire (libération des femmes, des Noirs, etc.) mais l'illustration d'une évolution qui n'est pas encore complètement terminée".

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