Dans le cadre de nos "Cartes blanches", un bloggueur, Julien a souhaité vous faire découvrir une série américaine qui n'est pas encore arrivée en France.
Merci Julien.
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Chaque année, une soixantaine de nouvelles séries débarquent sur les écrans américains, et pour la plupart d’entre elles, trouver un public s’avère mission impossible. Sur ces 60 shows, certains tels que Heroes ou Jericho se sont vus accorder le droit d’aller jusqu’aux 22 épisodes pour leur première saison, mais une seule série est déjà assurée d’avoir une deuxième saison. Cette série, c’est Dexter.
Dexter est une adaptation télévisuelle de Darkly Dreaming Dexter, le roman de Jeff Lindsay que l’on connaît en français sous le nom de Ce cher Dexter. On y (re)découvre Michael C. Hall, alias David Fisher, le frère introverti de Six Feet Under. Dans ce nouveau rôle, il interprète donc Dexter, un trentenaire qui a été abusé dans sa jeunesse, et qui a toujours eu en lui l'instinct de tuer. Son père adoptif, conscient de la différence de son fils, lui conseille donc de s'en servir pour éliminer les criminels qui ont réussi à échapper à la justice.
Bien que cette description puisse faire penser aux héros de justiciers régulièrement interprétés par Charles Bronson dans les années 70, il ne faut pas voir en Dexter un simple canardeur luttant pour une noble cause. En effet, le personnage campé par Michael C. Hall est particulièrement complexe. Méticuleux dans tout ce qu’il entreprend mais désespérément seul dans son monde, il n'éprouve aucun sentiment : l'amour, le deuil, le sexe sont par exemple des concepts qui lui sont totalement étrangers... Mais conscient que la société n’aime pas la différence, Dexter s’adapte, et feint d’être « normal » : il sort ainsi avec une mère divorcée qui est traumatisée suite a un viol (cette situation l’arrange beaucoup, car cette femme est très réticente à l’idée de toute relation sexuelle).
La série s’ouvre sur une scène de meurtre, avec un Dexter qui s’apprête à découper un pédophile à la scie électrique. La scène suivante nous le montre tout sourire au volant de son bateau. En l’espace de deux scènes, vous avez déjà une idée de la dualité ambiguë de ce personnage, mi-ange mi-démon. Le personnage n'ayant aucun remord, attendez vous à des scènes cruelles, sanglantes, voire gore... La dualité du héros s’exprime également dans sa passion pour le sang : obnubilé par l’hémoglobine, Dexter garde une goutte de sang des dizaines d’individus qu’il a assassinés, mais aucun de ses collègues policiers ne se doute de ses activités nocturnes… Dexter est en effet expert judiciaire du service médico-légal de la police de Miami, et il analyse toutes les traces d’hémoglobine laissées sur les scènes de crime.
Dès le premier épisode, un fil conducteur apparaît en la personne du Ice Truck Killer : ce serial killer particulièrement doué ne laisse aucune trace de sang dans le corps de ses victimes, ce qui suscite l’admiration de Dexter. Un jeu de chat et de la souris s'installe entre eux deux : le serial killer laisse ainsi des indices a Dexter chez lui, et ce dernier, loin de s'en affoler, est au contraire admiratif du travail de son « mentor ».
Vous l’aurez compris, cette série ne s’adresse pas franchement au grand public : elle s’inscrit en effet dans la pure tradition des séries de HBO, telles que Six Feet Under, Carnivale ou les Sopranos. En effet, contrairement au format des grands networks où un énorme cliffhanger attend le spectateur avant chaque coupure publicité (Lost, Heroes, 24 heures chrono…), les auteurs donnent ici le temps au temps. Entre silences lourds de sous-entendus et regards pesants, on entre lentement mais sûrement dans l’univers dérangeant de Dexter. L’omni-présence de la voix-off du héros participe également grandement à l’ambiance de la série.
Pour ceux qui s’interrogeraient sur les capacités de Michael C. Hall à incarner un autre personnage que David Fisher, soyez sans craintes : son jeu d’acteur est prodigieux et nous fait rapidement oublier le monde des pompes funèbres ! Dexter est un personnage plus « cool » que David Fisher : finis les costumes et le visage imberbe, notre héros se balade en t-shirt et n’a peur de personne. En ce qui concerne le reste du casting, on ne retrouve pas de grands noms, mais des visages nouveaux, à l’exception de l'ancienne femme médecin de la série carcérale OZ.
Bref, cette série n’a pas volé son succès, et si Showtime reste une chaine confidentielle (car payante), elle n’en propose pas moins des séries parmi les plus innovantes du marché audiovisuel américain. Ce héros vraiment atypique n’a pas fini de déclencher les passions : il intrigue le spectateur et déclenche en nous le même type de fascination morbide que l’on pouvait avoir pour Hannibal Lecter dans le Silence des Agneaux. Ce personnage ambigu à la double personnalité troublante chamboule radicalement notre vision du héros moderne : est-on légitimement en droit d’apprécier un personnage fictif aux mœurs si dérangeantes ? Comme diraient les Américains avant chaque épisode : "viewer discretion is advised" …
Julien Bell
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